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1'autre jour, je me suis diverti avec luy apres avoir disné me promenant par toutte la flotte, oü j'ay veu aux environs de 30 vaisseauxs fort mal traités et un empressement bien petit pour les remettre en leur estat ordinaire, entre autres j'en ay veu 12 et ifiesme des principaux rendus inutiHes et hors de service. Ce capitaine avec des autres de ses confrères parloient fort estrangement tant du miserable estat en lequel leur flotte est a present, que de la mauvaise conduite* d'aucuns et du peu de courage d'autres de leurs admiraux, ils blammoient de Ruttre ausi bien que les autres.

Quant a leur sortie en mer (quoy qu'ils fairont tout effort de sortir a la fin du courant) ils ne scavent comment 1'entreprendre, car ils se trouvent depourveus de leurs plus braves et experimentés officiers, de leurs desesperés mattelots et de leurs hardis soldats marins qui estoient ambidextres et pour le present l'on en trouve plus de ces enragés, leur colère estant assoupie, de sorte que les estats devront commander ou forcer leurs soldats de terre, lesquels ne sont aucunement propres pour la mer: les officiers de la flotte sont asseurés qu'on ne leur envoiera point assé de monde pour remplir les places de ceux qui leur manquent, tant tués, blessés, qu'enfuis, soutenant en outre qu'a leur sortie en mer il leur manquera a chacque vaisseau a proportion plus de 50 hommes et qu'ils seront obligés de se servir d'anciens vaisseaux, ayant leurs mats brises et fendus en beaucoup d'endroits et n'estants raccommodés qu'avec des pieces de bois et de fer 9a et de la, disant aussi hautement que ce n'est pas de la sorte qu'il faut s'armer pour resister a la puissante flotte et furie des Anglois.

II y a en cette flotte la dissention et la mesintelligence la plus grande du monde, non seulement entre de Ruttre et Tromp, mais ausi entre les officiers commandants subalternes. Ils imputent les uns aux autres la fuitte, ne sachant quelle couleur d'excuse donner aux deputés des Estats et des provinces qui sont icy, d'une si infame et honteuse fuitte; Ie fiscal de 1'admiralité est empesche a prendre information et a induire chacque officier a declarer et nommer ceux qu'il a veu prendre la fuitte.

Tromp a dict au pensionaire de Witt qu'il auroit a faire rapport aux Estats Generaux qu'il n'entreroit jamais ni se trouveroit en aucun conseil de guerre ni d'Estat que Ion tiendroit tant pour la flotte que pour le bien du pays jusques a ce qu'il auroit reparation publicque de ce que de Ruttre 1'auroit si vilainement descrié et depuis en une lettre qu'il a escrite aux Estats Généraux rendant compte de la sorte que l'on s'estoit comporté en la deruière défaicte, ce qui cause une grande confusion dans la flotte, les uns prennant le parti de l'un et les autres de 1'autre. Ils disent aussi honnestement que s'ils sont battus derechef (ce qu'ils croient fermement), qu'ils sont ruinés et qu'ils ne pouront en long temps se remettre, de quoy il y a grande apparance.

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