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heureusement avec nous se fussent conduits avec un peu dejugement je suis persuadé que nous aurions eu le plaisir de lui en conduire un bord a bord. M. de Grancey envoyé sa chaloupe a un des dits bruslots pour encourager 1'équipage, et M. de Coux et moy nous cru mes a leur crier de n'avancer qu'avec nous, mais ils se firent dégréer et nous ne pusmes nous en servir.

M. de Ruither qui a tourjours l'oeil ouvert sur sa flotte et qui est asseurement fort habile ayant son arrière-garde poussée par huit ou neuf navires francois revira a mon avis pour en rallier les navires et les secourir. Bien des gens soutiennent qu'il ne pouvoit faire que cette manoeuvre paree qu'il alloit insensiblement sur les sables oü il nous vouloit attirer, s'il eust continué sa route; pour moy je ne suis pas de cette opinion et j'apuye la mienne sur des raisons que je réprime paree que ce n'est pas le temps de vous les dire, sufit que je vous mande qu'il revira sur nous en bon ordre et en galant homme.

Ce mouvement que ceux qui surent un peu se mestier n'attendoient pas, me surprit et bien d'autres en furent estonnés, car y a-t-il quelqu'un qui put se figurer qu'il laissa Tromp exposé aM.le Prince Robert qui commandoit 1'escadron rouge sans comparaison plus fort que celuy de Rotterdam, qui ne nous a paru composé que de 14 ou 15 navires, pour venir au secours de son arrière-garde qui pouvoit en défendaht faire sa retraite dans les bancs oü nous n'aurions osé la suivre? Ce n'est pas, Monsieur, qu'il n'y ait des raisons contre ce que j'avance, et que M. de Ruither n'aye pu croire passer au vent de nostre vice-admiral, et le forcer après avec des brulots d'arriver, ce qui estoit trés dangereux, mais le comte d'Estrées qui 1'observoit luy en fit perdre Pespéranee s'il 1'avoit eue par sa manoeuvre, car il fit servir sa grande voile pour aller au plus prés. M. de Preuilly qui estoit a 1'avant de la Reine, et qui est son matelot, fit la mesme manoeuvre, et M. Gabaret, qui est aussy son matelot, quoique sous le vent et fort esloigné du viceamiral, ne laissa pas de manoeuvrer comme luy. M. des Ardens qui commandoit 1'avant-garde de nostre escadron estoit aussy au plus prés. Et le vaisseau le Sanspareil que mon toit M. de Tourville qui est matelot de nostre contre aminal fut le premier que rencontra M. de Ruither, et le dit sieur ne pouvant luy passer au vent paree que le dit chevalier se tenoit sans relasche, la Reine n'arriva pas seulement pour luy mais aussy le Terrible auquel il donna toute sa bordée, M. des Ardens ne 1'épargna pas non plus; de la il courut vers la Reine et ne pouvant la doubler il passa entr'elle et le Tonnant qui estoit soubz le vent. C'étoit sans mentir une assez belle chose a voir que de regarder ces deux navires aller affronter M. de Ruither accompagné de deux pavillons et de six autres grands navires qui venoient a eux avec une forte ènvie de leur dépasser le vent, mais il n'hazarda pas de le contester, et je loue sa modération, car c'est un avantage qu'on ne peut prendre » 16

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