Tekst
Onderstaande tekst is niet 100% betrouwbaar

sans s'aborder, a moins qu'un des deux ne plie et ne fasse place an plus opiniastre. Les conséquences en sont périlleuses et les suittes sont fort effroyables.

Quelque occupé que je fusse a songer a moi, je jettais souvent les yeux de ce costé-la, ne pouvant me consoler de mon imprudence, anssi toutes mes résolutions étoient extrêmes; je ne vous en dis pas davantage. Le comte d'Estrées m'avoit choisi pour estre a la teste de la flotte, s'il eust commandé nostre avant-garde; c'est un poste d'bonneur et de conflance, et quand il vit qu'il commandoit le corps de bataille, il me tira de la division de M. des Ardens pour me mettre dans la sienne, et cependant j'étois dans celle de M. de Grancey; figurez-vous s'il vous plaist mon déplaisir et croyez que mon esprit me faisoit alors une guerre plus cruelle que celle des Hollandois, paree que je voyois la Reine avec le Tonnant et point d'autre navire ni d'arière ni a costé, quelque précaution que M. le comte d'Estrées eust pris pour en avoir de bons. Je vous attendrirois, Monsieur, si je vous contois tout ce qui passa dans mon coeur en ce moment, et si je n'avois a vous conter des choses plus dignes de vostre curiosité, je le ferois volontiers. Yous saurez done que le Tonnant fut dégréé par les canons de ces mangeurs de fromage; il le leur rendit et fist sur eux une belle décharge; celle que la Reine luy fit quand il fut vergue a vergue d'elle fut violente et la mousqueterie n'alla point plus vite que le canon. M. de Ruither n'y repondist pas comme je croyois; je ne saurois attribuer son silence a la foiblesse de son esquipage, je croyrai aisément que les autres navires sont mal armés, et on ne me persuadera pas que le pavillon d'Amsterdam ne le soit bien.

M.r Gabaret qui venoit derrière nostre vice-admiral qui estoit sous le vent esvita M.r de Ruither. En arrivant sur un de ses seconds qu'il ne vouloit pas aborder, le Hollandois aussy s'efforca de ne venir pas a 1'abordage, mais toute leur science fust inutile et vaine; malgré eux, ils s'abordèrent, le Foudroyant demeura sous le vent de 1'autre, et après une heure de conversation ils se séparèrent.

Les chevaliers de Léry et de Chabossières lieutenant de M. Gabaret sautèrent 1'espée a la main dans le navire hollandois; peu de monde les suivit. Léry donna de son espée dans le ventre du lieutenant, et avec toute sa blessure ce vilain le saisit au corps et le jetta sur le tillac oü il 1'auroit estranglé sans M. Rivaux, volontaire, qui le tua d'un coup de pistolet dans la teste; le capitaine fut aussi assommé. Chabossières receut a cette attaque deux coups de pistolet etretourna dans le Foudroyant pour se faire panser; il dit a M. Gabaret que les ennemis avoient abandonné le haut du navire, mais pas que pour s'en rendre maistre il failloit y faire monter des gens, ce qui ne s'exécuta point; je n'en says pas les raisons, M. Gabaret les dira; pour moi, je voudrois bien qu'une pareille fortune me füt venue pour

Sluiten