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Sur les onze heures du soir un coup de mer qui s'estoit grossi souleva tellement le vaisseau de M.rde Martel que le beaupré se rompit et tomba sur le pont. Les officiers de quart firent tout leur possible pour prévenir un plus grand accident, mais leurs soins furent unitiles; le mast de mizaine tomba un moment après sur le grand mast qui en fut abbattu, et de sa vergue fit choir pareillement 1'artimon et le baston de pavillon. Dans un si grand désordre arrivé la nuit l'on ne pensa qu'a soulager le navire en jettant promptement a la mer le débns des mats et des vergues qui le faisoient extrêmement pencher du costé de stribord, mais a peine étoit-il remis en assiette que le Croissant qui nous avoit rejoint quelques jours auparavant, et qui pour lors chassoit sur son ancre, nous vintaborder; nous crusmes qu'il estoit perdu sans ressource, eet abordage s'estant fait avec tant de violence que nostre bossoir de bas bord en fut rompu.

M.r de Martel ne pouvaut se tirer d'un si meschant endroit qu'a la faveur des marées et de la remorque se la fit donner par le Diamant, mais le cable ayant rompu par trois fois et d'ailleurs le temps se brouillant il me fit partir sur le champ pour aller a Londres donner advis a M.r 1 ambassadeur de eet accident, et du péril oü il estoit, dix frégattes hollandoises ayant paru a la hauteur d'Ostende. Et cependant il fit promptement travailler a mettre ses mats de hune a la place des grands, et ses perroquets au lieu des huniers, ce qui fut achevé le vendredy 30e au soir qu'il se trouvast en 1'estat d'aller chercher sans ayde a se raccomoder.

Ayant fait connoistre a M.r 1'ambassadeur le besoin que M. de Martel avoit d'estre escorté jusques dans la rivière de Londres, il fit donner ordre sur le champ de faire sortir six frégates pour aller a sa rencontre.

Elles le trouvèrent prés des Dunes et 1'amenèrent le 6e juillet dans la rivière de Chatan oü je le rejoignis. Quelques jours après le Koy d Angleterre vint a notre bord et le 22» ce vaisseau estant entièrement remasté et pourveu de^ce qui lui estoit nécessaire nous vinsmes mouiller a la bouée du Nord oü l'armée estoit a 1'ancre depuis le dernier combat.

Le jeudi 27* juillet elle fist voile avec plusieurs vaisseaux marchands charges de huit mille hommes d'infanterie angloise et arriva le lendemain 28» a 1'enboucheure de la rivière de Londres.

Le samedi 29» nous figmes ronte au Nord-Est pour passer entre les bancs appelés Cohortes et Gaberel et commencant d'estre au large nous ne découvrimes plus les vaisseaux marchands, ce qni nous fit croire (comme il étoit vrai) qu'ils s'en estoient retournés et que eet embarquement d'infanterie avoit été dans la veüe seulement de faire courir le bruit d'une descente a terre afin d'obliger les Hollandois a quitter leurs bancs et sortir au devant de nous.

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