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190 Le Prince

tant d'efprit, que je le préférerois aux plus beaux hommes du monde. Ils font prefque toujours d'une fotife outrée, enchantés d'eux-mêmes; ils ont autant de plaifir a confulter leurs miroirs, que les perfonnes de notre fexe. La princeffe alloit continuer fon difcours, mais un cri qu'elle entendit 1'en empêcha , & regardant a terre , elle vit avec furprife une vipère blanche, qui jetoit du feu par lesyeux, &qui lui dit: Vous avez penfé m'écrafer , madame ; li jen'étoispas auffi bonne que je le fuis, je vous punirois de votre étourderie , mais je vous pardonne,' a condition que vous me remettrez fur le tronc du maronier que vous voyez, & duquel je viens de tomber; je reconnoitrai quelque jour ce fervice, car je fuis fée, mais, comme toutes mes fceurs, je fuis obligée de quitter ma figure naturelle un jour de la femaine ,pour prendre celle que me donne un vieux forcier de qui nous dépendons, & qui nous punit de cette facon, pour lui avoir coupé, un jour qu'il dormoit, une barbe & des mouftaches qui nous déplaifoient fort. Je areprendrai ce foir ma forme ordinaire, & vous aurez de mes nouvelles. Aimée la prit entremblant, la porta fur 1'arbre, & s'éloigna promptement, pour ne plus voir cette bete qui lui avoit fait une peur horrible ; elle arriya donc

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