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On oublie que le fait de ne pas accepter 1'obligation de recourir a la Cour, c'est la faculté pour les Etats de recourir a la guerre (nouveaux applaudissements) ; c'est le maintien nécessaire des armements puisque 1'on ne sait pas si demain, dans sa pleine souveraineté, un Etat ne se servira pas de ses armements; c'est I'impossibilité de briser le cercle vicieux dans lequel le monde est enfermé.

En une telle circonstance, je sens toute la faiblesse de mon éloquence. II faudrait a cette tribune un Démosthène, un Mirabeau ou un Jaurès. Je vous convie a écouter la clameur qui vous vient du dehors et qui bat les murs de cette salie, clameur immense comme celle de la mer: ce sont les voix des mères et des épouses qui pleurent ceux qu'elles ont perdus, ce sont les voix qui s'élèvent des masses profondes des peuples, des masses ouvrières qui en ont assez des misères et des épidémies qui les frappent et qui continuent a les frappen (Trés bien, trés bien.) C'est enfin la voix de ceux qui dorment ensevelis dans la terre des champs de bataille, qui ont donné leur jeunesse et qui ont fait le sacrifice de leurs espérances et de leurs joies pour que la justice soit.

Nous avons tout de même obtenu que dans le statut qui vous est soumis la possibilité de consentir a un recours obligatoire existe pour tous. J'espère que ceux qui signeront le protocole, et je pense qu'aucune des délégations présentés n'y manquera, accepteront les dispositions de l'article 36.

II faut répondre a ceux qui parlaient d'intérêt vital et de souveraineté absolue: la clameur des peUples vous dit qu'il n'y a qu'un intérêt vital, c'est de s'inchner devant la justice souveraine; elle vous supplie, elle vous conjure, elle vous crie: Que la justice soit! (Vijs applaudissements.)

M. Blanco (Uruguay). — Je salue comme un événement considérable le projet de Cour de Justice internationale que l'Assemblée votera aujourd'hui. Mon pays approuvera ce projet. II sera ainsi d'accord avec la majorité des pays de 1'Amérique du Sud.

Je formulerai cependant une réserve et un vceu.

Je m'incline devant les hommes d'État éminents qui ont collaboré a ce projet et je conviens que, dans la situation actuelle, il est trés difficile d'aller plus loin.

Je parle comme représentant d'un peuple qui a épousé les idéés des grandes nations républicaines. L'organisation qui nous est proposée doit être orientée de manière a assurer la liberté et l'égalité de tous les pays du monde dans une étroite collaboration. C'est le vceu général des pays de 1'Amérique du Sud.

Dans cette partie du monde, l'opinion se prononcé nettement en faveur de la justice obligatoire et de 1'arbitrage sans aucune réserve. Je ne puis done accepter des réserves qui diminuent la portée du principe de 1'arbitrage, pas plus celles qui sont tirées de 1'honneur des Etats, des intéréts vitaux, que celles qui concernent les constitutions. L'arbitrage doit être libre et illimité.

Les pays de 1'Amérique du Sud tiennent beaucoup a cette idéé, ils la reprendront dans 1'avenir et ils espèrent, pour la réalisation de cet idéal, se rencontrer avec les grandes Puissances et les pays libéraux de 1'Europe.

Nous avons déja en Amérique une tradition de liberté. L'Uruguay, mon pays, a signé pendant la guerre avec deux des plus grandes Puissances européennes, la France et 1'Angleterre, des traités d'arbitrage illimités, sans réserve d'aucune sorte. Je remarque a 1'honneur de la France et de 1'Angleterre que ces traités ont été signés en 1917, a un moment oü les deux pays étaient aux prises avec les armées les plus formidables du monde. Ils ont voulu ainsi donner a ce moment une preuve de respect a une Puissance qui n'avait pas de force matérieüe.

Nous avons signé aussi en Amérique des traités d'arbitrage Ulimité, avec le Brésil, la Boüvie, le Pérou, le Paraguay, etc.

Nous avons fait encore davantage: nous avons eu un long litige avec le Brésü, concernant la frontière. II n'y a pas trés longtemps, un ministre des Affaires étrangères du Brésil, après une longue étude de 1'affaire, a reconnu que la raison était de notre cöté. II est allé a la Chambre, il a convaincu la presse, et le traité qui reconnaissait nos revendications a été signé.

Je rends ici hommage a la mémoire de celui qui est le plus cher au cceur des Brésifiens, au baron de Rio Branco qui a compris avec une clairvoyance supérieure les intéréts de notre pays et ceux du sien.

Je suis sur que les Etats de 1'Amérique du Sud s'engageront dans la même voie et poursuivront le même idéal que les Puissances européennes et autres qui ont coüaboré aujourd'hui au projet de Cour de Justice internationale.

Nous votons le projet tel qu'il est. Nous avons 1'intention de persévérer dans nos efforts pour 1'améüorer. Nous espérons obtenir la collaboration des grands et des petits Etats du monde, de tendance libérale, pour nous accompagner dans la voie que nous nous sommes efforcés de suivre et qui doit nous mener aun idéal de justice supérieure. (Applaudissements.)

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