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Perles de la poésie française contemporaine

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l'oiseau que j'attends

Je vois a la tempête noire L'aigle encor livrer des combats; Je le vois sans rêver la gloire: L'oiseau que j'attends ne vient pas.

Voici le rossignol, qui cueille Un brin d'herbe pour se nourrir, Pais se cache au bois sous Ia feuille Pour chanter un jour, et mourir: II chante 1'amour... Ironie! Oiseau moqueur, chante plus bas: Et qu'ai-je besoin d'harmonie? L'oiseau que j'attends ne vient pas.

Plus loin, le mart ine t des grèves, Sur un beau lac d'azur et d'or, Comme un poète snr ses réves, Se berce, voltige et s'endort. Dors et vole a ta fantaisie, Heureux frère; devant mes pas, Moi, j'ai vu fuir la poésie: L'oiseau que j'attends ne vient pas.

Arrivé enfin, je t'en supplie, Noir messager dont Dieu se sert; Corbeau qui, sur les pas d'Elie, Emiettais du pain au désert, Portant la part que Dieu m'a faite. *) Arrivé, il est temps...; mais, hélas! Mort sans doute avec le prophéte, L'oiseau qne j'attends ne vient pas.

') «De 1834 a 1838, sa vie ne fut qu'une latte pénible et haletante... II avait faim.» Sainte-Beuve.

(Le Myosotis, 1838 Ed. Garnier fréres)