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d'interdire a ses compatriotes et a lui, la sentimenta* Iité. Farceur! il prêche la destruction, la ruine, 1'incendie et 1'anéantissement, il refuse d'épargner personne et se gorge des chimères de pulvérisation totale : cependant il fait miné d'essuyer une larme au bord de ses cils, d'appuyer la main sur son coeur, d'en contraindre les vifs battements et de lutter contre luimême, — pas de sentimentaJité!... Les Boches ont commis, en Belgique et au Nord de la France, tous les crimes les plus ignominieux de la brutalité. Ils ont.fusillé des enf ants. Ils ont mis a mal de pauvres filles; on voudrait se figurer que c'est contre cette „sentimentalité » la que profeste I'honnête Erzberger; pas du tout! II engage les soldats de la plus grande Allemagne a continuer; et il affecte de songer qu'il en coüte a la sentimentalité de ces héros, d'agir comme des brutes! Je le vois, Erzberger, roux de poil et la peau couperosée, des lunettes d'or sur le nez,, l'air chafouin de ces bonshommes qui ont une renommée austère et des imaginations forcenées.

II se promène, le dimanche, avec sa petite familie, par la campagne, et puis rentre chez lui, des fleurs des champs au poing, de la fureur boche dans la caboche. Et qu'est-ce donc qui le fache? La médiocrité des nouvelies qui lui parviennent de France et de Pologne? Non; il est trop entêté pour se déprendre de 1'idéeque 1'Allemagne triomphera de 1'Univers. Ce qui le fache, c'est qu'on lui a supprimé sa „butterstulle", sa tartine de pain beurrée, qui était sa gourmandise et, plus encore, son habitude.

Erzberger, privé de tartines, s'exaspère: on lui a disloqué ses journées. Et pourquoi? C'est la faute a 1'Angleterre; c'est la perfide Angleterre qui refuse de laisser venir aux greniers boches la blanche farine américaine. Allons, pas de quartier! anéantissons 1'Angleterre abominable, coupable de confisquer au passage les tartines d'Erzberger!... Et c'est ainsi qu'un personnage du centre allemand, privé de tarti^ nes, devient fou, devient enragé. Un tel gaillard, chez nous, on 1'enfermerait et on lui passerait la camilsole de force. En Allemagne, il n'apparait pas comme un aliéné. Je crois même qu'on a pour lui de 1'estime. II n'est pas, ce formidable Erzberger, un maltre de la kultur ainsi que les Ostwald et les Lasson, professeurs patentés; mais il est, du moins, un chef de groupe: sa situation poliüque et morale ne lui a-t-elle pas valu récemment 1'honneur d'être envoyé a Rome pour causer avec le Saint-Père?

Eh bien! voila, parmi les plus dignes représentants de la pensee allemande contemporaine, trois fous.

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