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séjour a paris (1625-1628)

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c'était bien contre lui cependant que s'élevait la hardie entre-' prise que le philosophe avait dés lors concue. Descartes sortait de la mathématique universelle, dont personne ne pouvait prendre ombrage, pour la muer en philosophie universelle, fondée sur 1'axiome et le nombre. L'entreprise était aussi audacieuse que dangereuse. Non qu'elle füt tout a fait isolée. Bacon a donné en 1620 son Novum Organum, mais c'était en Angleterre, et son livre, s'il est connu de Descartes, ne Test pas encore du grand public. Gassend 1 n'a publié jusqu'alors que ses Exercitationes paradoxicae adversus Aristotdeos (Grenoble, 1623). Aristote n'est pas seulement le Géant de 1'Ecole, il en est le Dieu et un Dieu qui a a son service le bras séculier.

Ce fut au cours du second procés de Théophile qu'éclata, en effet, en 1624, 1'affaire des thèses contre Aristote, qui devaient être disputées publiquement, le samedi 24 et le dimanche 25 aoüt par Jean Bitault, Etienne de Claves, «médecin chymiste», et Antoine Villon, «le soldat philosophe Jü Mille personnes étaient déja rassemblées pour les entendre, dans une des plus belles salles de Paris, lorsque vint 1'ordre du Premier Président d'évacuer la salie. A la requête de la Sorbonne, le Parlement, par arrêt du 4 septembre 1624, fit lacérer les thèses et en exila les auteurs hors du ressort de la Cour de Paris. Défense fut faite en outre, « a peine de la vie», d'enseigner rien contre les anciens auteurs a.

Descartes n'avait pas manqué de connaitre eet arrêt, au moins par le P. Mersenne et par J.-B. Morin, qui 1'approuvèrent. Sans craindre le sort de Lucilio Vanini, « Prince des athées », brülé a Toulouse, le 9 février 1619, ni celui de Jean Fontanier, brülé a Paris, en Place de Grève, en 1621 3 ni celui de Théophile, brülé en effigie, le 19 aoüt 1623, il pouvait craindre, lui qui pourtant n'était pas athée et se donnait même pour bon catholiqüe, le sort des trois adversaires d'Aristote. Beaugrand ne lui infligea-t-il pas un jour a lui aussi 1'épithète, qu'il méritait mieux que le Villon en question, de « soldat philosophe » 4 ?

Or le Discours, qu'il médite déja, n'est qu'une perpétuelle attaque contre la philosophie de 1'Ecole et contre Aristote, qu'il

1. C'est bien Gassend qu'il faut dire, comme le voulait Paul Tannery (Cf. CEuvres de Descartes, t. XII, p. 85, note a) et non Gassendi: le mot, chez un poète, rime avec « Impuissant ». Cf. aussi t. XII, p. 564.

2. Cf. la Biographle de Descartes, par M. Adam, au t. XII, pp. 85 et 86.

3. Ibid., p. 82.

4. Ibid, p. 252.

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