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a conservé: aucun recensement méthodique n'a été tenté, sauf pour le France. Outre les témoignages trop rares recueillis par les biographes et les historiens des littératurés, on en rencontre bien d'autres en parcourant en tous sens la littérature européenne de cette époque; mais, je le répète, une enquête systématique reste a faire pour la plupart des pays. Je me bornerai ici a noter ce qui me parait être le caractère et comme la couleur particulière de l'ossianisme dans quelques grands pays.

Macpherson avait peut-être raison de signaler avec quelque aigreur, en 1773, le contraste qu'il apercevait entre le succès de son Ossian sur le continent et 1'accueil infiniment plus réservé qu'il recevait en Angleterre. Dans ce pays en effet, après la curiosité et les discussions des premières années, Ossian, même pour ceux qui le.croient authentiqHe, éveille plutót un intérêt documentaire qu'un enthousiasme poétique. Certes, il a des lecteurs nombreux et fidèles: le nombre et la variété des réimpressions en font foi. Les émigrés francais rencontrent dans les coins les plus reculés 'de la Grande-Bretagne des adeptes d'Ossian avec qui, comme Mme de Genlis, ils communient dans une admiration et des émotions communes. En Amérique même, M. de Chastellux, vers 1782, s'apercoit avec ravissement que Jefferson connait a fond Ossian. La nuit, ils se récitent autour d'un bol de punch des passages de ces «sublimes poésies". Mais enfin, jusqu'a la fin du siècle, aucun poète anglais de quelque éclat ne se déclare nettement son disciple, ni parmi les derniers classiques purs ou de transition, ni dans le camp des novateurs. Cowper, Crabbe, ne lui doivent probablement rien; Blake, isolé et peu connu, 1'aime et s'inspire de lui, mais a 1'écart et comme dans 1'ombre; 1'Ecossais Burns a lu le barde des Hautes-Terres, mais son génie vivant et ardent se tourne d'un tout autre cóté. D'autre part, si Coleridge lui doit une inspiration de jeunesse, il est certain qu'Ossian, auquel il parait être resté fidéle, n'a pas tenu une grande place dans ses idéés littéraires; quant a Wordsworth, il est nettement hostile aux poèmes et au genre ossianiques. Jusqu'a Byron, Ossian ne joue pas un róle éminent dans les inspirations de la poésie anglaise. Parmi les critiques, 1'opposition absolue et brutale de Johnson fait grand tort au Barde: car le docteur, qui ignorait 1'art des nuances, ne se contentait pas de lui refuser toute authenticité, il lui refusait tout mérite. Au XlXe siècle seulement, Hazlitt saura montrer ce que 1'homme moderne peut trouver dans les poèmes ossianiques de

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