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bon, et que la société et la civilisation ne 1'ont pas encore dépravé. La-dessus tous nos auteurs sont d'accord. Le témoignage d'Ossian est cité par eux avec respect et avec confiance. Ses poèmes enseignent au philosophe a connaitre la nature intime de 1'homme. Un professeur suédois, Boethius, les range en 1785 parmi les documents de premier ordre a eet égard. Herder, en 1769, critique Lessing, qui paraissait réserver a la Grèce la perfection de la bravoure et de la tendresse: Ossian montre au contraire que ces qualités appartiennent, non a un peuple, mais a une époque de 1'esprit humain. On pourrait citer bien d'autres exemples de ces conclusions optimistes, et c'est la un des aspects les plus importants de l'ossianisme européen. Or, Jean-Jacques Rousseau vient justement de proclamer que 1'homme est né bon, que la civilisation seule le déprave. Ossian lui donne pleinement raison, comme il donne tort a Hobbes et a Voltaire. Comment croire avec ce dernier que 1'état naturel de 1'homme est misérable, et qu'il doit au progrès des lumières et de 1'institution sociale d'avoir pu se perfectionner ? Tous ceux, et ils sont nombreux au XVIIIe siècle, qui croient a la bonté foncière de 1'homme, qui regrettent 1'état de nature, aiment Ossian qui leur donne raison. La coïncidence d'Ossian et de Rousseau, 1'un renforcant 1'autre, est trés fortement marquée en Suède, comme le font bien voir MM. Blanck et Hasselqvist. En Suisse d'autre part, les compatriotes de Rousseau sont particulièrement sensibles au spectacle d'un peuple montagnard, pauvre, libre et vertueux: on le voit en lisant les ceuvres du doyen Bridel et par 1'exemple de Bernold, 1'auteur de la Teiliade.

Mais une autre conséquence s'impose. On constate, et dans certains pays on constate avec plaisir, qu'Ossian est un poète du Nord, et que si 1'homme est partout né bon, cette vertu primitive s'est mieux conservée dans le Nord qu'ailleurs. Mallet donnait lieu, comme je 1'ai indiqué ailleurs, ,aux mêmes observations; mais la vertu des héros ossianiques est infiniment plus pure et plus parfaite que celle des guerriers qu'on entrevoyait dans YEdda et dans quelques Sagas. C'est dans Ossian que le Suédois Gjörwell retrouve le mieux .les antiques vertus du Nord". D'autres, Adlerbeth en 1783 et BranderSköljebrand en 1797, réunissent Ossian et les poèmes scandinaves pour constituer le livre primitif du Nord. D'Ossian, encore plus que de Mallet, date la croyance a la supériorité morale du Nord: supénorité non pas transitoire et due a un état social plus favorable a la conservation des vertus naturelles, mais permanente et essentielle,

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