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s'il avait pu le lire! En vain Blair essaie-t-il de démontrer que Fingal et Temora sont, plus même que Ylliade et VOdyssee, conformes aux régies de 1'épopée telles que les entendait Aristote. La plupart ne .suivent pas le théoricien sur ce terrain dangereux. C'est paree qu'il ignore les régies qu'Ossian atteint le beau, le sublime. Régies vaines, dit Dorat, inutile esclavage! Homère ne les connaissait pas non plus, ni Shakespeare. Ossian mérite d'être placé a cöté d'eux. II se constitue avec son concours une liste de trois ou quatre noms glorieux qui revient, avec quelques variantes, sous la plume de beaucoup d'écrivains dans cette seconde moitié du siècle: Ossian et Homère pour Goethe en 1774; Ossian et Shakespeare pour Thorild en 1780; Ossian, Shakespeare, Klopstock et Goethe, pour Kellgren en 1783; Ossian, Homère et Shakespeare pour Herder en 1766; Ossian et la Bible avec ou sans Homère pour plusieurs critiques francais hardis et novateurs entre 1760 et 1780. On trouverait bien d'autres indications de ce genre; mais ce sont toujours les mêmes noms qui reparaissent, et ils sont en petit nombre.

Le parallèle Ossian-Homère était particulièrement tentant, et il a été plus souvent traité qu'aucun autre. Aveugles tous deux, tous deux vieillards errants, le chantre de Ylliade et celui de Fingal offrent des ressemblances évidentes. Mais ce thème repris cent fois permet de constater admirablement la différence des goüts et la divergence de6 tendances. Pour les classiques purs, c'est faire un grand honneur a Ossian que de le rapprocher du père immortel de toute poésie. Mais il est des classiques de goüt et, pour ainsi dire, de profession, qui osent mettre le barde au dessus du poète grec: ce sont les ossianistes de la première heure, le docteur Blair, professeur de • Rhétorique et Belles-Lettres" a Edimbourg, 1'abbé Cesarotti, professeur de littérature a 1'Université de Padoue. Blair préfère Ossian a Homère pour les vertus de ses héros et la perfection de ses poèmes; Cesarotti ne veut pas «qu'Homère soit le.pontife de la poésie, qu'il ait le privilège de 1'infaillibilité, qu'il doive être adoré, et non jugé; que ses taches soient celles du soleil," etc... Sans doute Ossian a des défauts, ce sont ceux de son temps; mais si 1'on tient compte de 1'état social des deux cölés, on verra «qu'Ossian a résolu le problème plus heureusement qu'Homère". Je sais bien que ces hardiesses de Cesarotti se rattachent a une tendance a rabaisser Homère, partagée par Brazzolo et d'autres a cette époque; que d'ailleurs elles soulevèrent des protestations en Allemagne, d'oü Mérian écrit au

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