Onderstaande tekst is niet 100% betrouwbaar

12>000 fr.; c'était un gros revenu a 1'époque dans ce pays économe ; un revenu certes de beaucoup supérieur a celui de son monde- Avant de quitter les Indes et a bord même, Dekker, qui aimait prévoir jusqu'aux moindres choses, sans pour cela se croire obligé de suivre ses prévisions, avait établi de nombreux projets de budget. II pensait vivre modestement a raison de 500 fr. par mois ; le surplus serait dépensé en extra's et généreusement il note: 2000 francs de cadeaux, 2000 francs pour la toilette, 5000 francs pour diners, fêtes, voyages et menus plaisirs.

Par ces détails on peut juger quels grands espoirs Dekker avait fondé sur ce congé qui, préparé avec soin, s'annongait si heureusement et qui devait s'écouler si misérablement. Ces désillusions sont la règle pour les congés des coloniaux. Depuis trop longtemps il sont absents de la metropole, ils ne savent plus y vivre. Dans leurs postes, il sont, si non les premiers, en tout cas parmi les plus considérés; on les respecte et on leur marqué ce respect. Revenus dans leur patrie après une dizaine d'années d'absence, ils ne peuvent, surtout si leur éducation n a pas été parfaite et que par suite leurs facultés d'assimilation sont restreintes, s'habituer instantanément a un nouveau milieu, lis étaient considérés, ils veulent continuer a 1'être et comme ils sont inconnus et n'ont que rarement cette supériorité, qui d emblée impose le 'respect, le seul moyen d'éblouir est de beaucoup dépenser. Ils étaient habitués a ne se refuser la satisfaction d'aucun caprice, ce qui était aisé dans des pays oü il n'y avait rien ; ils continuent a le faire, quand ces caprices ont de plus couteuses conséquences.

Sur un perpétuel qui vive, sympathisant fort peu avec leurs anciens compatriotes, qu'ils jugent mesquins et provinciaux, sans occupations, ils craignent toujours de ne pas faire assez bonne figure et dès lors représentent trop. Ils sont une proie facile pour les fournisseurs et les domestiques, habitués qu'ils sont a considérer tous les blancs comme leurs égaux- Dekker, qui aux Indes déja avait manifeste une si instinctive horreur des affaires d'argent et qui souvent dans la colonie avait été embarassé pour équilibrer un budget qui ne manquait pas d elasticite, fut avec sa naïve candeur, la victime des aigrefins et le jouet de sa propre légèreté.

Sluiten