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La différence dont je parle, dans les sentiments éprouvés a 1 egard des médecins, est aussi vieille que le monde, ou plutót elle a pu se constater dès qu'il y a eu des gens se mêlant de 1'art de guérir. Auparavant les hommes se traitaient eux-mêmes, comme les animanx le font encore, quand ils ne sont pas soumis d'autorité a une médication savante. Mais dès qu'il se présenta des guérisseurs, se prétendant a tort ou ïi raison en mesure de venir en aide aux malades, les choses ehangèrent de face.

Une des premières conséquences de ce changement fut que le nialade tomba sous la dépendance du guérisseur, qui se vit en droit de réclamer pour les services rendus la reconnaissance de son cliënt. Mais ces services ne sont pas tous d'importance égale, et pèsent incontestablement bien moins dans le cas d'une simple indisposition, (pie dans celui d'une maladie dangereuse. II n'est point étonnant que dans le premier cas le malade se sente beaucoup moins obligé a son docteur (ine dans le second. Et, de même, 011 comprend fort bien (jue ceux qui sont atteints gravement voient leur médecin d'un tont autre teil pendant la période menafante de leur mal que plus tard, lorsque, comme nous disons, »le danger est passé . Cependant eet état d'ame que je viens d'esquisser, tont explicable qu'il est, a quelque chose de choquant, je dirais presque quelque cliose de contraire a la nature, que 1'on sent, même si 1'on ne se met pas au point de vue subjectif du médecin, qui, lui, sait fort bien qu'il a apporté le même soin et le même zèle, souvent a eu la même peine, a rendre les services si inégalement appréciés par ceux qui en ont été les objets.

On serait tenté de se demander a ce sujet si 1'ingratitude n'est pas une disposition naturelle a 1'homme, lui faisant peu d'honneur, puisqu' elle le ravalerait en dessous du chien.

Ce n'est pas ici le lieu de se livrer a 1'analyse psychologique nécessaire pour élucider la question. Pourtant il me sera permis de rappeler la réponse de Molière a Louis Xl\, lorsque le roi lui demanda s'il avait un médecin et ce que celui-ci lui faisait. »Sire, dit—il, nous causons ensemble; il m'ordonne des remèdes; je ne les fais point et je guéris". On sait aussi qn il y a des malades qui, après leur guérison, ne se gênent pas pour dire qu'ils la doivent bien moins au médecin qu'aux remèdes. N'a-t-on pas fredonné: Par sa bonté, par sa substance,

Le lait de mon anesse a refait ma santé,

Et je dois plus en cette circonstance Aux anes qu'a la faculté.

II va sans dire que les médecins se préoccupent des appréciations

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