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faut pas oublier pourtant qu'au dela d'une certaine limite, ces droits représentent aux yeux de certains intermédiaires une prime si tentante pour les fraudeurs qu'une bonne partie de la matière imposée échappera a la taxe.

1'Etat n'outrepassera pas son droit en allant jusqu'a proclamer, ainsi qu'on 1'a déja fait dans certains pays, 1'interdiction absolue de toute liqueur distillée.

Mais cette prohibition compléte soulève de nombreuses objections de principes que nous ne pouvons laisser sans reponse.

Les libéraux impénitents, opposés a toute intervention de 1'Etat, ne manquent pas de protester contre la grave atteinte portée a la liberté individuelle et a la liberté du commerce, par une mesure si radicale.

Quel Etat a donc hésité de porter atteinte a la liberté du commerce et a celle de 1'individu quand il s'est agi de protéger celui-ci contre des dangers qu'il ne pouvait ou ne voulait luimême éviter?

L'usage du phosphore blanc qui causait de si graves maladies chez ceux qui le manipulaient est aujourd'hui presque unanimement interdit. En France, on a interdit la céruse a cause des ravages que faisait le saturnisme chez les peintres; on a interdit aussi la biberon a tube dont 1'emploi avait cause le deces de tant de nourrissons; et, même, pour protéger le travailleur contre sa propre imprévoyance, on 1'a dernièrement obligé a s'assurer contre le risque de vieillesse. Quand un grave intérêt national, présent ou futur, est en jeu, 1'Etat a le droit de prendre des mesures absolues, mème s'il lèse des intéréts particuliers.

Mais, en 1'espèce, ajoute-t-on, 1'Etat pénètre dans un domaine qui lui est interdit, dans le domaine moral. II cherche a imposer la vertu aux citoyens: ce ne doit pas être son röle.

Non! 1'Etat, en prohibant 1'alcool, ne fait que protéger la santé publique. II défend contre leurs propres fautes les citoyens euxmêmes, car 1'intempérance des citoyens compromet la sécu'rité et 1'existence de 1'Etat, et si ces moyens de protection et de défense ont une heureuse influence sur la moralité publique, 1'Etat ne pourra que s'en réjouir, bien que ce ne soit pas le résultat qu'il ait directement voulu atteindre.

Est-il juste, dit-on encore, pour réprimer les excès nuisibles d'une liberté dont on abuse, d'aller jusqu'a supprimer cette liberté elle-même? Et les partisans de cette sage modération

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