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CHAPITRE III L'agonie de la ville

Le 15 Aoüt de chaque année, Dinant se réveillait au chant des cloches sonnant joyeusement la fête de la Vierge. Tandis que la procession du St-Sacrement déroulait ses pompes les habitants des villages envahissaient la ville, dont c'était la kermesse annuelle. Leur foule s'augmentait des flots de touristes débarqués des trains et des bateaux a vapeur. Une extraordinaire quantité d'automobiles, mêlant a cette cohue ses trépidations et ses ronflements ininterrompus, obligeait les piétons poudreux a se réfugier aux terrasses des restaurants et des cafés oü, dans 1'animation et les rires d'une journée de fête, ils attendaient la soirée pour se rendre au champ de foire. Et alors, devant les échoppes des forains, au milieu d'un nuage de poussière chaude soulevée par mille pas traïnants, la foule circulait lentement, assourdie par les sons de 1'orchestrion d'un manége de chevaux de bois, jusqu'a 1'heure oü la dernière fusée du traditionnel feu d'artifice éteignait sa pluie d'or dans les eaux que le fleuve semblait rouler plus noires que d'habitude, après tant d éclats, dont elles venaient de s'illuminer

Cette fois, ce füt le canon qui donna 1'aubade a la ville: 1'ennemi cherchait a forcer le passage de la Meuse.

Je ne veux pas faire oeuvre d'imagination en cherchant a décrire ce combat. Terré dans une cave, comme tout le monde a Dinant, j'entendis la bataille sans la voir. A des instants de crainte, pendant lesquels je me figurais tantöt la ville écrasée par des rafales d'obus, tantót les cris des habitants fuyant affolés sous les balles au milieu de 1'écroulement des maisons en dammes, succédaient des heures d'une sécurité relative. Je me rasurais en songeant a la solidité des voütes qui nous abritaient ainsi qu'a la situation encaissée de la ville dans laquelle les Allemands ne pourraient, me semblait-il, s'aventurer sans avoir au préalable éteint le feu de 1'artillerie frangaise; a en juger par 1'orage des canons, celle-ci ne semblait par prête a se taire.

Une idéé fixe m'obsédait: le pont! Tant que je n entendrais pas la détonation sourde annongant qu'on venait de le faire sauter, tout serait bien. C'est que les Francais ne se sentaient

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