Onderstaande tekst is niet 100% betrouwbaar

abandonnés la oü ils sont tombés, des cadavres rougissent le sol.

Mais voici qu'un ordre est donné: " On a tiré sur nous, tous les hommes dans la cour, ils vont être fusillés. „ Des adieux rapides. " Oü vas-tu? „ dit une femme a son mari. — " A la boucherie. „ — " C'est bien, je prierai pour toi. „ — Une autre: " Surtout, n'aie pas peur; qu'ils ne te voient pas trembler! „ Personne ne pleure. Dans 1'état, oü nous sommes, la séparation et la mort semblent faciles. On les accepte comme 1'inévitable aboutissement de cette journée d'horreur. Un prêtre donne une dernière absolution a ceux qui vont mourir. Par le hasardd'un retard, nous furent épargnées les balles du peloton d'exécution dont nous entendïmes les salves, qui a cent mètres de nous, abattaient cent vingt-neuf de nos concitoyens. II nous fut permis de rentrer dans les batiments de la prison et d'y rejoindre les nötres. v

La nuit venait quand on nous fit tous sortir de la prison. C'est vers Anseremme qu'on nous mène, foule a peu prés silencieuse, poussée lentement entre des rangées de maisons en dammes. L'ardeur du brasier brüle les yeux, 1'air surchauffé entretient a peine une respiration haletante, des toitures s'effondrent faisant jaillir des gerbes d'étincelles et des vêtements de femme prennent feu.

Une halte. Sur la Meuse un pont de bateaux est jeté; les Allemands traversent le fleuve! La bataille est perdue! Nouvelle et poignante tristesse.

En ce moment les hommes valides sont de nouveau séparés brutalement du reste du troupeau de prisonniers. Tandis que les femmes et les enfants sont chassés, toujours plus loin vers Anseremme, nous reprenons a travers Dinant le chemin déja parcouru. Par la montagne St-Nicolas on nous entraine jusqu'au plateau d'Herbuchenne oü 1'on nous fait camper.

Toutes les habitations isolées qui s'y trouvent dispersées sont en feu. En flammes, le hameau de Gemmechenne et, prés de nous, la ferme d'Herbuchenne. Dans le fond de la vallée une fournaise immense: c'est Dinant tout entière qui brüle. Sur 1'autre rive des ombres s'agitent éclairées par 1'incendie des maisons de Neffe. Des flammes encore sur les collines en face de nous: elles dévorent le collége de Belle-Vue et les habitations voisines. Jusque tout a 1'Est, 1'horizon est rouge: le village d'Onhaye disparait aussi dans la tourmente.

Une angoisse nous étreint au souvenir de nos femmes et de nos enfants arrachés de nos bras. En même temps s'évoque a

Sluiten