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nous y pénétrons, nous sommes accüeillis par des coups de fusils partant de ces hauteurs. Mme Stévaux, soixante-quinze ans, et un nommé Lebrun sont tués. Plusieurs sont blessés, entre autres Mme Thonon (elle mourut deux jours après). Son mari fut arraché d'auprès d'elle et déporté en Allemagne. Les Allemands exposés comme nous a ce feu, nous refoulent dans un coin oü nous sommes a 1'abri. Ils crient a leurs camarades de cesser le feu, hissent un drapeau blanc et la fusillade dirigée sur nous s'arrête. Grace a la hauteur du mur d'enceinte et a 1'exiguïté de la cour, presque toutes les balles portaient trop haut. Sans ces deux circonstances, un effroyable massacre aurait été fait dans la foule compacte des prisonniers, foule composée surtout de femmes et d'enfants.

Dans 1'intérieur de la prison, les prisonniers civils faits par les Allemands sont nombreux. Que veut-on faire de nous? De temps a autre des officiers viennent voir ce qui se passé ; ils se retirent rarement sans menaces a notre adresse.

Vers 6 heures, les menaces se précisent. Nous allons être fusillés. L'abbé Jouve, curé de Saint-Paul, a Dinant, donne a tous 1'absolution. Brusquement, les hommes sont séparés des femmes et rangés en ligne dans la cour. Déja on ouvre la porte de la cour, lorsque, tout prés de la prison, éclate une fusillade extraordinairement nourrie. Des soldats qui se trouvent sur la place de la prison rentrent tout effarés se mettent a tirer en 1'air ou vers la place a travers les panneaux brisés de la porte. Un officier s'approche du bureau du directeur et, a travers Ia fenêtre, tire un coup de révolver sur un médecin qui est en train de panser les blessés. Le docteur n'est pas atteint: il s'est jeté a terre et reste dans cette position, faisant le mort. II demeurera ainsi tant qu'il y aura des Allemands dans la prison et échappera, grace a cette ruse, a la déportation en Allemagne.

Un moment de désarroi s'est produit, dont chacun a profité pour se glisser auprès des siens. Tout le monde croyait a un retour des Frangais. Malheureusement, la fusillade qui y avait fait croire cesse de suite et 1'on comprend qu'une exécution en masse vient d'avoir lieu. Dans la cour de la prison, il y a un mort de plus, un nommé Bailly.

Vers 8 heures, la bataille a beaucoup diminué d'intensité. On fait sortir tout le monde de la prison et on nous conduit vers Anseremme, après nous avoir fait faire un détour pour nous montrer, sur la rive gauche, le faubourg de Neffe en flammes.

Sur notre route, partout des incendies. Prés du Rocher-Bayard, arrêt de Ia colonne, séparation des hommes valides d'avec le reste de la bande: ils sont reconduits vers Dinant tandis que les vieillards, les femmes et les enfants sont entrainés vers Anseremme.

A chaque instant notre marche est arrêtée. Nous voyons les soldats pénétrer dans les maisons encore intactes, en ressortir quelques instants après, puis des flammes jaillir; quand la cha-

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