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A 1'heure dite, 1'officier revient chez le Rme. II est accompagné cette fois de gardes, bayonnette au canon, d'autres chefs, revolver au poing. Lui-même braque son revolver sur le Rme puis le dépose sur le bureau, a sa portée, se dégante et compte, pièce par pièce les 15.000 francs étalés sur la table. Le chef met le tout dans ses poches, tout en protestant qu'il ne veut pas accepter d'argent ecclésiastique — c'est son terme —. Le Rme lui fait observer que tout eet argent est vraiment et uniquement ecclésiastique. L'officier ne rêpond pas. II donne un re^u en allemand, écrit d'avance, et s'en va, revolver en main. On pouvait, semblet-il, croire que cette dure rangon écarterait toute nouvelle vexation. L'officier 1'avait fait espérer.

La nuit vint, éclairée par les flammes des incendies. Le jour parut pour voir continuer les meurtres, les pillages. le feu, etc., comme il a été dit plus haut. Cette journée devait nous apporter de plus lourdes épreuves.

Vers les 9 heures un groupe de nouveaux soldats fait irruption dans le cloïtre. Ce sont des chasseurs saxons. L'officier qui les commande aborde le Rme, braque sur lui son revolver et lui annonce qu'il est prisonnier. II prétend que la maison est un refuge de francs-tireurs, qu'il va perquisitionner partout et que si on trouve un civil ou une arme quelconqué, nous serons tous fusillés.

Aussitöt les soldats, armés de haches se répandent de la cave au grenier, hachent les portes, brisent les armoires, bouleversent tous les meubles et fouillent même a coups de bayonnettes la paillasse d'un religieux paralysé par un rhumatisme et déja atteint d'une hydropisie qui amena la mort, trois mois après.

Ils finirent par trouver, dans une table de nuit, un vieux pistolet rongé par Ia rouille. Personne dans la maison ne connaissait la présence de cette arme. Elle se trouvait la depuis au moins 10 ans et ne pouvait servir a rien. A la sacristie, ils découvrirent la hallebarde du suisse. Le crime était prouvé — on avait tiré, on avait tué des soldats avec ces armes.

Une preuve plus grave encore de la culpabilité des religieux fut découverte au grenier. La, sous un amas de ferrailles et d'ustensiles hors d'usage, gisait une vieille lampe formée de 1'enveloppe d'un obus de 1870. Elle portait encore le bac pour la mèche a huile, mais surtout une couche de peinture aux trois couleurs frangaises, a peine visibles.

Plus encore que la hallebarde et le pistolet, cette lampe devint un corps de délit qui méritait la mort Au grenier même, le P. Prieur fut mis en joue par ceux qui avaient trouvé la lampe. A un signal donné par l'officier, tous les religieux furent amenés dans le préau. Les soldats furent disposés, en face, a 20 mètres, sur deux lignes, le fusil en arrêt.

Notre dernière heure semblait arrivée. On se donna mutuellement 1'absolution et 1'accolade d'adieu. On s'encourageait au sacrifice. L'attente dura bien un quart d'heure. Autour de nous

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