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Livre IX.- 191 Mentor lui dit : Refpectez ce que les Dieux découvrent, & n'entreprenez pas de découvrir ce qu'ils veulent cacher. Une curiofité téméraire mérite d'être confondue. C'eft par une fageffe pleine de bonté que les Dieux cachent aux foibles hommes leurs deftinées dans une nuit impénétrable. II eft utile.de prévoir ce qui dépend de nous, pour le bien faire; mais il n'eft pas moins utile d'ignorer ce qui ne dépend pas de nos foins, & ce que les Dieux veulent faire de nous.

Téïemaque, touché de ces paroles, fe retint avec beaucoup de peine. Idoménée, qui étoit revenu de fon étonnement, commenca de fon cöté a louer Ie grand Jupiter, qui lui avoit envoyé le jeune Téïemaque & le fage Mentor pour le rendre victorieux de fes ennemis. Après qu'on eut fait un ma gnifique repas qui fuivit le facrifice, il paria ainfi aux deux étrangers :

J'avoue que je ne connoiffois point encore afTez l'art de régner, quand je revins en Crete après le fiege de Troye. Vous favez, chers arms, les malheurs qui m'ont privé de régner dans cette grande ifle, puifque vous m'affurez que vous y avez été depuis que j'en fuis parti. Encore trop heureux, fi les coups les plus cruels de la fortune ont fervi a m'inftruire & a me rendre plus modéré. Je traverfai les mers, comme un fugitif, que la vengeance des Dieux & des hommes pourfuit. Toute ma grandeur paffée ne fervoit qu'a me rendre ma chüte plus honteufe & plus infupportable. Je vins réfugier mes Dieux Pénates fur cette cöte déferte, oü je ne trouvai que des terres incultes couvertes de ronces & d'épines, des forêts auffi anciennes que la terre, des rochers prefque inacceffibles oü fe retiroient les bêtes farouches. Je fus réduit a me ré-

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