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6 VOYAGE

la stupéfaction de tout 1'éqüipage dans cette aventure imprévue. II n'y avoit peut-être pas sur le vaisseau un seul homme qui se fut jamais trouvé a une action. Le Capitaine et les Officiers, habitués a voyager paisiblement, n'avoient jamais, commandé en pareille circonstance : attaqués de la sorte, sans s'y être attendus, sans avoir eu le temps de faire aucuns préparatifs, ni même de se bastinguer, on se figure aisément quelle devoit être la consternation de ces pauvres gens. L'épouvante, et sur-tout la confusion, étoient peintes sur tous les fronts. Les Officiers crioient a tue-tête; les Soldats, toutes recrues, qui n'avoient jamais chargé un fusil, ne savoient auquel entendre, a quoi répondre; en un mot,asept heures du soir, nous n'avions pas encore brülé une amorce. Le Corsaire nous canonnoit sans relacha; il nous sommoit de nous rendre, nous menacant de nous couler a fond, si nous résistions plus long-temps. Notre Capitaine, dans une agitation convulsive, ne cessoit de lui crier qu'il n'étoit point maïtre de se rendre ainsi a discrétion, qu'il falloit, pour cela, s'adresser au Mercure, qui étoit son Commandant. Le bonhomme avoit entiérement perdu la téte.

Enfin, comme par miracle, un 'petit vent s'étant élevé, le Mercure s'approche, et demande a notre Capitaine pourquoi on ne tiroit pas; il lui répond qu'il avoit attendu ses ordres, et que c'étoit au Commandant a donner le signal pour se battre; excuse tout-a-fait plaisante dans la bouche d'un marin attaqué par un petit batiment de seize pièces de huit, tandis qu'il en avoit trente-deux d'un plus gros calibre, plusieurs

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