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L I V R E I. 45

cela , eft poffible ; car pour moi , je ne ms fens pas capable de démêler, de fuivre la moindre tracé de ce qui fe paffoit aiors en moi.

Je n'avois pas encore affez de raifon pour fentir combien les apparences me condamnoient, & pour me mertre a la place des autres. Je ma tenois a la miemie ; & tout ce que je fentois , c'étoit la rigueur d'un chatirnent efrroyable pour un crime que je n'avois pas commis. La douleur dn corps, quoique vive, m'étoit peu fenfible; je ne fentois que 1'indignation , la rage , Ie défefpoir. Mon coufin , dans un cas a peu prés femblable, & qu'on avoit puni d'une faute involontaire comme d'un acte prémédité , fe mettoit en fureur a mon exemple, & fe montoit , pour ainfi dire, a mon uniffon. Tous deux dans le même lit nous nous embraffions avec des tranfports convulfifs, nous étouffions; & quand nos jeunes coeurs un peu foulage's, pouvoient exhaler leur colere, nous nous levions fur notre féant, & nous nous mettions tous deux a crier cent fois de toute notre force: Carnifex , Carr.ifcx, Carnifex.

Je fens en écrivant ceci, que mon pouls s'éle. ve encore; ces momens me feront toujours préfens , quand je vivrois cent mille ans. Ce premier fentiment de Ia violence & de l'injuflice eft refté fi profonddment gravé dans mon ame, que routes les idéés qui s'y rapportent, me rendent ma première émoiion; & ce fentiment, relatif a moi dans fon ojigine , a pris une telle confiftauce eu

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