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Emile

homme de mon tempérament, qui ne fait excès ni d'alimens, ni de foucis, de travail, ni de repos, je reftois coi fans me tourmenter de guérir, ni m'effrayer de mourir. L'animal malade jeüne,refte en place & guérit ou meurt; je faifois de méme, & je m'en trouvois bien. Si je me fufle inquiété de mon état, fi j'eufle importune les gens de mes craintes & de mes plaintes, ils fe fèroient ennuyés de moi, j'eufle Infpiré moins d'intérêt & d'empreflement que n'en donnoit ma patience. Voyant que je n'inquiétois perfonne, que je ne me lamentois point, on me prévenoit par des foins, qu'on ïu'eüt refufés peutétre fi je les eufle implorés.

J'ai cent fois obfervé que plus on veut exiger des autres, plus on les difpofe au refus: ils aiment agir librement, & quand ils font tant que d'être bons, ils veulent en avoir tcjut le mérite. Demander un bienfait c'eft y acquérir une efpece de droit, 1'accorder eft prefque un devoir, & 1'amour - propre ai me mieux faire un don gratuit que payer une dette.

Dans ces pélerinages, qu'on eüt btèmés dans le monde comme Ia vie d'un vagabond, paree que je ne les faifois pas avec le fafte d'un voyageur opulent , fi quelquefois je me demandois : que fais-je? oü vais-je? quel eft mon but? Je me répondois: qu'ai ■ je fait en naiflant, que de commencer un voyage qui ne doit finir qu'a ma mort ? Je fais ma lache , je refte a ma place, j'ufe avec iauocence & fimplicité cette courte vie, je fais

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