Chambres belges. La séance de la chambre des réprésentaiis belges d'hier avait attiré une grande affluencedo curieux dans les tribunes. L'assemblée était au grand complet. On s'attendait à l'ouverlurede la discussion politique annoncée,sur le budget de l'intérieur. La chambre a terminé d'abord la discussion du projet de 'ni relatif aux mesures à prendre pour prévenir l'invasion des "Maladies contagieuses du bétail. C • projet de loi a été adopté par 75 voix contre 1 abstention. (Cellede M.Lys, qui n'a pas assisté aux débats.) Ensuite l'assemblée a adopté,au second vote,par 63 voix oonre 12,1 e projet de loi relatif à la sanction, la promulgation et la publication des lois. La discussion générale du budgetdel'intérieura ensuite été "Uverle par une déclaration de Sl.leministredes affaires étranfières, qui n annoncé que le cabinet tout entier s'associait à la Politique de Sl.le ministre de l'intérieur et accepterait pour tous s°s membres le vote qui serait omis. Après cette déclaration M. Osy a prononcé un long discours Cnnire M. le ministre de l'intérieur. MSI. Slalou et Nothomb ont répondu,et la séance a été terini"ee par un discours de SI. de Tornaco, contre SI. le ministre de Ultérieur. M.Osy a déroulé une partie des griefs de l'opposition contre le 'ainistère ; de sa faiblesse devant les chambres ; de ses moyens •lans le pays ; de la déconsidération qui l'accable. Il lui v reproché surtout la façon dont il a défendu les lois d'un intérêt Purement matériel, et l'insuffisance qu'il a montrée pour leur élaboration. Puis, parlant de la corruption que lo gouvernement semblait av«iir l'intention d'acclimater en Belgique, il a parlé de l'absorption qu'il tentait à l'égard de tout homme important de l'opposition. N.Osy asi constamment été sur la brèche pour défendre les véritables intérêts du pays, qu'il n'a pas jugé convenable de revenir sur toutes les fautes du pouvoir qu'il "Vaitdéjà si souvent dénoncées au pays. Il a conclu que lecabi"et n'avait pas sa confiance, et il a adjuré tous les membres de 'n chambre qui pensaient comme lui, d'avoir la même franchise. M. Nothomb a répondu qu'il ne voulait pas donner au débat '°Ute la portée qu'on semblait vouloir lui attribuer. Il ne croit Nsqnesa retraite soit nécessaire au bonheur du pays. Il a rès°lu bien des questions avec les chambres, et s'il a subi des eehecs,on verra dans la suite de la discussion si les victoires ne 'es ont pas amplement compensés. --- Nouvelles et faits divers. Lachanibre des députés d!Espagne a continué le 18 la dise,issioii du projet de dotation du culte et. du clergé. Les deux Premiers articles ont été adoptés à une forte majorité. SI. Slou "¦prononcé dans cette séance un discours remarquable. C'est '*•> qui dans la chambre des députés, comme M. Martinez de îa dans le sénat, soutient presque seul le poids delà discus- Sl°u parlementaire, avec beaucoup de succès. Ala fin de la *éance il a élé donné lecture de l'ordonnance qui nomme le pnèral don Manuel de la Concha capitaine-général de Gata'°gne,en remplacement du baron do ileer. La commission du budget travaille très-activement. On dit Il,e 'a majorité do celte commission aurait en vue un projet 'lu elle opposerait à celui du gouvernement, mais ce sont là des "ruits de ville qui méritent confirmation. 'On écrit de Lisbonne, 15 janvier : La chambre de députés de Portugal a commencé ses travaux par la discussion du projet relatif à l'abolition des cours •conservatrices étrangères. Le 4° article du projet , qui accorde le droit de jurys mixtes aux étrangers, ayant été mis 0,1 discussion, a été adopté, malgré l'opposition de plusieurs yeputés ministériels, qui voulaient voir dans cet article la vio'atioii de l'art. 145 de la constitution, qui a aboli tous les priv'!éges. Les crimes qui priveront les étrangers de ce privilège «ont : 1° Les crimes contre la sûreté de l'état ; 2" la résistance aux autorités constituées dans l'exercice de leurs fonctions; et 3" "bus de la crédulité et de la foi publique, désignation fort va- S,le. A. ces exceptions, M. Joao Cabrai,frère du ministre, a proposé d'ajouter les crimes de fausse monnaie, de faux, et les crilles contre la religion. Cette proposition a élé renvoyée à l'exa,ti h du comité. L'es adjudicataires du contrat des tabacs qui devaient fournir 5,11 gouvernement une avance de 4,000 contos, se trouvent dans "* grand embarras ; ils comptaient faire l'affaire par actions, ''"o's ils avaient compté sans leur hôtt>, car le public ne veut pas e leurs actions qui sont offertes à la bourse à vil prix sans achetenrs. On assure que cette affaire occasionnera des pertes Ccnsidérables à la compagnie qui l'a entreprise. i— Il vient de se former à Dublin un ehtb de repealers, sous le titre de club de 1782. SI. O'Connellon A clé nommé président. Le vice-président et les divers membres du comité ont été choisis parmi les membres les plus uiarqiiaus de l'association du rappel. Le but dccc club est de faciliter le rappel de I' Union et la conquête de l'indépendance législative de l'lrlande, d'encourager les arts, la littérature et l'industrie, et de propager les sentimeiis patriotiques dans toutes les classes de la société. — Plusieurs réunions politiques ont eu lieu récemment à Cologne. Il y a été décidé que Ton adresserait à la diète de la province du Rhin, qui doit s'ouvrir le 9 février, des pétitions pour demander : 1" la mise à exécution de la loi du 22 mai 1815 et l'établissement d'une représentation nationale; 2° la liberté de la presse; 3° la publicité des débats de la représentation nationale, et particulièrement des séances de la prochaine Diète; -i" l'émancipation des juifs. Ces pétitions sont signées par le bourgmestre, les conseillers communaux et un grand nombre de notables de Cologne. — Oo mande de lîois-le-Due, le 17 janvier : «Un assassinat vient d'être commis sur une jeune fille dans la commune de Nistelrode. Cette personne étant allée toucher la somme de 90 florins, produit de la vente d'une vache, rencontra deux maréchaussées à qui elle fit part de son inquiétude d'être arrêtée; les maréchaussées lui recommandèrent decontinuer lentement son chemin en disant qu'ils la rejoindraient bientôt, n'ayant affaire que pourquelques minutes chez un cabaretier du voisinage. Ces militaires retournèrent immédiatement et n'apercevant pas la jeune fille, ils conçurent des soupçons et firent des recherches. En effet, ils trouvèrent la malheureuse, assassinée et jetée dans un fossé, sur le bord duquel on trouva un couteau. Ils retournèrent au cabaret et demandèrent à la femme si elle reconnaissait lecouteau; ellerépondit que ce couteau lui appartenait. Quelques instans après, le mari rentra; les maréchaussées ayant conçu des soupçons,lui demandèrent s'il connaissait lecouteau; sur sa réponse négative, ils le fouillèrent et trouvèrent la somme de 90 florins cachée dans ses bottes, » — Il s'est passé dans le faubourgde Péra, à Constantinoplc, un événement qui a produit une grande sensation. Un français (cordonnier), se rendant à la chasse, traversait la grande rue de Péra, quand ses chiens furent attaqués par les chiens de rues qui fourmillent, comme on sait, dans cette ville. Le chasseur (homme du reste fort violent) maltraita cruellement les animaux téméraires qui cherchaient à faire un mauvais parti à ses chiens. Le chef du poste voisin accourut au secours de ses nobles protégés contre Je chasseur qui usait du droit de défense légitime. Une dispute s'engagea entre le Français et le capitaine turc , qui se porta à des voies de l'ait contre le chasseur. Une rixe terrible s'ensuivit, et les sentinelles étant accourues au secours de leur capitaine assez maltraité dans la lutte , le chasseur crut prudent de battre en retraite , et se réfugia dans l'ambassade française , qui se trouvait à deux pas du théâtre du combat. Le capitaine le poursuivit, força la porte do l'ambassade, pénétra violemment avec un de ses soldats , su saisit du Français et exerça contre lui de terribles représailles, malgré l'intervention des gens de l'ambassade. Le chargé d'affaires de France, réveillé en sursaut (car ceci se passait de grand matin) par le tumulte, les cris de celte invasion armée, se précipita hors de son lit et descendit, non sans quelque inquiétude, s'informer de la gravité du danger. Heurcusemenl, l'intervention des gens de l'ambassade réussit à expulser l'effronté et forcené capitaine, qui, avec un soldat, avait osé violer l'entrée de l'hôtel d'un représentant du gouvernement français. L'affaire était grave. Dans ce pays-là surtout les capitulations assurent l'inviolabilité du domicile ; de tout temps les représentans étrangers ont été d'une rigueur extrême pour faire respecter cette clause, et on doit reconnaître qu'ils y ont roussi. Ou respecte, quelque urgence qu'il puisse y avoir, le domicile d'un simple particulier, et on venait de violer l'hôtel du ministre de France ; il fallait une réparation éclatante. Immédiatement, des démarches furent faites auprès de la Porte. Chékib-Effendt s'empressa d'envoyer le premier interprète du divan chez lechargé d'affaires de France, pour lui faire ses excuses et lui témoigner ses regrets pour ce qui s'était passé. D'un autre côté, Riza-Pacha quitta aussitôt le conseil où il se trouvait, se rendit à Tophané, fit venir le capitaine, le dégrada, après lui avoir adressé de dures réprimandes, le mit aux arrêts et envoya un «lèses aides-de-camp chez SI. do Butenval, pour l'informer de ce qui avait été fait. La célérité avec laquelle les ministres turcs ont procédé dans cette circonstance est rare et tout-à-fait en dehors de leurs habitudes ordinaires ; aussi lechargé d'affaires de France s'est plu à y voir vn regret sincère et vn véritable désir de satisfaire la France toutes les fois que l'occasion s'en présente. La satisfaction a été jugèo suffisante, et l'affaire a été terminée le mêmejour . Bourse de Paris du 22 janvier. En fonds étrangers la spéculation se fait principalement sur les valeurs espagnoles qui montent rapidement sur toutes les places par suite des projets financiers dont on parle depuis quelque temps pour l'Espagne. (Voirla bourse.) --- PIÈCES CONCERNANT LA QUESTION DE MAROC. Les six premières dépêches manquent: deux de M. Guizot, adressées à SI. de Nion ; trois de M. de Nion adressées à M. Guizot, à l'empereur du Slaroc et à SI. le maréchal Bugeaud, et enfin une de M. le gouverneur de l'Algérie à SI. de Nion, et qui se rapportent aux premières hostilités des Marocains et aux événeinens qui les ont amenées. Ces pièces sont déjà en partie connues par les rapports et les récits officiels qui ont été publiés. Voici les documens relatifs aux dernières résolutions du cabinet à l'égard de l'empereur de Maroc , et aux résultats qui en furent les conséquences : 5f.0 7. _ M. Guizot à M. de Mon. Paris, le 12juin 1844. Monsieur, des dépêches de SI. le général Lamoricière, et dato du 30 mai, lions annoncent que, ce même jour, il a été attaqué en dedans de notre frontière par un corps de douze à quatorze cents cavaliers marocains et de cinq ou six cents Arabes, mais que celle agression a élé sévèrement châtiée. Comme elle a eu lieu sans provocation de notre part et en l'abseneede toute déclaration de guerre, nous aimons encore à n'y voir qu'un simple accident et non l'indice d'une rupture dèeidé<>ct ordonnée par l'empereur du Maroc. Mais nous sommes fondes à nous en plaindre comme d'une insigne violation du droit des gens et des traités en vertu desquels nous sommes en paix avec cet empire. Vous devrez donc, au reçu de la présente dépêche, écrire lmfciédiatement à l'empereur pour lui adresser les plus vives représentations contre une attaque qui ne saurait être justifiée, pour demander les satisfactions qui nous sont dues, notamment le rappel des troupes marocaines réunies daiis les environs d'Öuesehda.et pour le mettre lui-même cii denieurcde s'expliquer stir ses intentions. Est-ce la paix ou la guerre qu'il veut? Si, comme le lui conseillent ses véritables intérêts, il tient à vivre en bons rapports avec nous, il doit cesser dès arméniens qui sont uno menace pour l'Algérie, respecter la noutralitécn retirant tout appui à Abd-el-Kader, et donner prompteinent les ordres les plus sévères pour prévenir le retOurde ce quis'est passé.Si c'est la guerre qu'il veut, nous sommes bien lom de la désirer, nous en aurions même vn sincère regret; mais nous lic la craignons pas, et si l'on nous oblige ,it à combattre, ou nous trouverait prêts à la faire avec vigueur, avec la confiance que donne le bon droit et de manière à l'aire repentir les agresseurs. Je le répète toutefois, nous ne demandons qu'à resteren bonnes relationsavec l'empereur du Maroc,et nous croyons fermement qu'il n'est pas moins intéressé à en maintenir de semblables avec nous. Je vous ai mandé, dans ma précédente dépêche, que desbàtimens de la marine royale allaient être expédiés en croisière sur les côtes du Maroc. Une division navale commandée parM. le prince de Joinville, et composée du vaisseau le Suffren, delà frégate à vapeur l'Asmodée, et d'un autre bâtiment à Vapeur, va s'y rendre effectivement en allant d'abord à Oran où S. A. R. doit se mettre en communication avec SI; le maréchal Bugeaud. Le Prince aura également occasion, monsieur, d'entrer eu rapport avec vous et je ne doute pas de votreempressement à vous mettre à sa disposition, aussi bien qu'à lui prêter tout la concours qui dépendra de vous. Du reste, les instructions de S. A. R. sont pacifiques, et partent de ce point que la guerre entro la France et le Maroc n'est pas déclarée. Sa présence stir les côtes de cet empire, à la tète de forces navales, a plutôt pour but d'imposer et de contenirquedeinenacer. Nous aimons à penser qu'elle produira, sous ne rapport, un effet salutaire. P. S. Voici comment je résume vos instructions. Voua demanderez à l'empereur du Slaroc: 1° Le désaveu «le l'inconcevable agression faite par les Marocains sur notre territoire : 2" La dislocation du corps de troupes marocaines réunies à Oueschda sur notrj frontière ; 3" Le rappel du caïd d'Oueschda et des autres agens qui ont poussé à l'agression ; 4° Le renvoi d'Abd-el- Kader du territoire iO.aroe.iin. Vous terminerez en répétant: 1" Que nous n'avons.ibsolument aucune intention de prendre un pouce du territoire marocain, et que nous ne désirôtis que de vivre en paix eten bons rapports avec l'empereur ; 2" Slais que nous ne souffrirons pas que le Maroc devienne pour Abd-el-Kader, un repaire inviolable d'où parlent contra nous des agessions pareillesà celle qui vient d'avoir lieu, et que, si l'empereur ne fait pas ce qu'il faut pour los empêcher; nous en ferons nous-mêmes uno justice éclatante. N° 8. — L'amiral de Mackau an prince de Joiiïvillé, Pari», 16 juin 1844. Sloiiseigneur, En vertu des dernières délibérations qui ont eu lieu dans lé conseil du roi, auxquelles V. A. R. a assisté, l'importance chaque jour croissante de la mission qui lui est confiée, adonné lieu d'arrêter de nouvelles dispositions dont je vais avoir l'honneur d'entretenir V. A. 11. Il a été reconnu que, pour éviter toute perte de temps, si la j marche des évériamens en Afrique devait nécessiter le recours I à des opérations militaires sur les côtesdu Slaroc, il convenait j que V. A. R. se trouvât immédiatement à la tête de forces assez j imposantes pour être en mesure d'agir selon qUe les circonstan! ces pourraient l'exiger. En conséquence, le roi, de l'avis de son conseil, n décidé que j Indivision navale qui sera réunie sous vos ordres se composera i des vaisseaux le Suffren, la Jemmapés et le Triton, de la frégate j de 60 la Belle-Poulo, de la frégate à vapeur l'Àsniodée, des bâ' timens à vapeur le Pluton et le Rubis, et d'un autre bâtiment de 130 à 160 chevaux qui sera incessamment désigné, et qu'en outreil sera embarqué à bord de ces divers bâtiineiis dix: compagnies expéditionnaires, savoir: une compagnie du génie, j deux d'artillerie et sept d'infanterie de la marine. J'ai écrit I hierà ce sujet, pourtoutes les dispositions de détail; à M. le préfet maritime, à Toulon. SI. t'inspecteur-général des troupes d'infanterie de la marine, comlede File de Souny, part pour Toulon afin d'y présider à la formation des corps expéditionnaires et à la réunion dé tous les moyens d'action qui seront embarqués sur les vaisseaux. Aussitôt, monseigneur, que toutes vos dispositions auront été terminées sur la rade de Toulon, vous ne perdrez pas un moment pour vous rendre à Oran, où vous vous mettrez en communication directe avec M. le maréchal Bugeaud, à I'efiet de connaître le véritable état des choses. Vous savez, monseigneur, quelle est notre situation envers l'empire du Slaroc. La fermentation qui y règn»«« notre sujet, les rasseiublemens considérables de Slarocains etd Araocs subitement formés dans le voisinage de Tleincen, 1 assistance que l'empereur Sluley Abd-er-Rahman semble vouloir prêter ouvertement à Abd-el-Kader, la sommation qui nous a été faite d'évacuer, sous peine d'attaque, une portion du territoire algérien, revendiquée récemment par les ageris du Slaroc, la nécessité de nous teniren mesure de faire .ace aux éventualités ; enfin l'attaque imprévue qui a eu lieu sur notre territoire, le 30 mai dernier, tout cela a dû motiver,, de la part du gouvernement du roi, l'adoption des mesures qu'il a prises pour renforcer nos troupes dans la province d'Oran, et pour l'envoi do plusieurs bàtimens de guerre dans les eaux du Slaroc. Le fond de cette situation n'est pas nouveau. Assez difficile et compliquée depuis la conquête de l'Algérie, elle s'est aggravée récemment par suite d'incidens que l'on ne pouvait guère prévoir. Les intrigues de tout leinps fort aclivesd' Abd-el-Kaderau Maroc, les secours plus ou moins païens qu'il en recevait pour nous faire la guerre, le refuge toléré desesadhérenssur la frontière de ce pays, et l'appui que trouvaient leurs machinations contre nous, nos réclamations el nos plaintes constamment éludées, divers incidenssur la frontière, notamment les collisions entre nos troupes el des Marocains auxiliaires de l'émir, loutes ces circonstancas créaient déjà un état de choses assez compromettant entre la Fiance et le Slaroc. Néanmoins, le souverain de cet empire, quelque bienveillant qu'il fût en réalité pour non', paraissait du moins sentirqu'il clait de son intérêt de maintenir l'état de paix antérieur, en ne portant pas les choses à l'extrême. Inquiet pour sou propre compte de l'ambition d'Abd-el-Kader et de son influence morale au Slaroc, etdes sympathies qu'il y trouve comme défenseur île l'islamisme ; attentif aux menées du parti fanatique et puissant qui a lié ses intérêts avec ceux de l'émir, n'ayantd'ailleurs qu'une autorité assez mal affermie, et souvent occupé à guerroyer contre ses propres sujets, l'empereur Abd-er-Rahiiian résistait tant qu'il le pouvait aux efforts que faisait le parti pour le pousser à une rupture avec la Franco, usait de menagemens et protestait sans cesse de son désir de vivre en bonne intelligence avec nous. Telles étaient les positions respectives, quand la mise à mort de l'agent eonsulaired Espagne à Slazagan ayant fait mettre la probabilité d'une collision en ire c 'te puisanec et le Slaroc, on nous représenta non-seulement comme excitant le gouvernement espagnol à la guerre, mais encore comme prêts a l'y aider, partteulièremeni en lui fournissant des subsides. Dans le même temps les cours de Suôile et de Danemarck, décidées à s'affranchir du tribut qu'elles paient au Maroc, ayant réclamé nos bons offices, ainsi que ceux «le l'Angleterre, pour appuyer les négociations qu'elles allaient entamer avec la cour de Fez, nous intervînmes dans ce bui, de concert avec le cabinet de Londres. D'un autre côté, des prétentions dénuées de tout fondement s'étaient élevées sur ces territoires, qui ont toujours fait partie de la régence d'Alger, et que la France occupe à ce titre. Abd-el-Kader et son parti ont trouve là des moyens nouveaux d'excitation parmi les tribus marocaines et d'influence dansles conseils de l'empereur, en envenimant le bruit de notre soi-disant association avec l'Espigne contre le Slaroc, en nous peignant comme les provocateurs de la résolution prise par la Suède et le Danemarck de m; plus payer le trihul, en nous accusant d'avoir envahi le territoire do l'empire, et de nourirdes projets de conquête â son égard. De là sont résultés la crise actuelle et le caractère plus graveni.iii compromis que jamais de nos rapports avec le Slaroc. Mais au demeurant, il y a lien de penser ane nous ne sommes point encore en guerre avec cet état, el si la prudence nous commandé de nous préparer, comme nous le faisons, à repousser les attaques qui viendraient de ce côlè, elle ne nous conseille pas moins d'éviter soigneusement tout ce qui, de notre pari, pourrait provoquer ou décider une rupture définitive. Cette considération suffit pour caractériser la nature do l'expédition qui se prépare. Il s'agit d'imposer et de contenir plutôt que de menacer et de frapper. A d'autres époques, nous avons fait paraître avec succès des forces navales sur les côtes du Slaroc pour intimider les partisans de la guérie dans ce! empire, et donner aux amis de la paix le courage et la force de faire prévaloir leurs dispositions. Tel est le bit principal de la mission de V. A. R.; oo peut croire qu'il suffira de la présence de la division navale réunie sous vos ordres dans les eaux du Maroc pour produire une vive et salutaire impression, pour tempêter les ardeurs ou les velléités belliqueuses, et pour porter les habitans du pays à craindreou à réfléchir. Vos communications, monseigneur, avec SI. le maréchal ffugeaud, à Oran, «ous fixeront sur les premières opérations dont vous aurez à vous occuper; si nos troupes se trouvent en présence de celles de l'empereur du Slaroc, non loin de la mer et des limites do notre corporation, il y «irait avantage pour l'influence à exercer sur le moral des populations qui nous seraient hostiles, à leur montrer près de là, Comme force auxiliaire, des bàtimens de guerre dont les peuples ont toujours été disposés a redouter la puissance. Le mouillage des îles Zapharines,l'un des meilleursde toute la côte, offrira aux navires de notre division, dans celte saison surtout, une bonne et sûre position, d'où vous pourrez vous porter rapidement sur le point qui cou viendra le mieux pour entretenir vos relations avec M. le maréchal-gouverneur. Si les corps d'armée, qui seraient au moment d'en venir aux inniiis, se trouvaient hors de vue de la mer et que voire apparition sur d'autres points du littoral dût avoir un but plus utile, ce serait le cas de prolonger votre navigation près des côtes, de vous faire remarquer des lieux habités des présides espagnols de Télouan cl de vous porter enfin à Tanger. Sur ce dernier point, vous trouverez un de nos bricks stationnaiies, qu'il sera bon d'y laisser toujours à la disposition de • M. lecoiisul-gènèral de Fiance. Vous aurez à examiner, monseigneur, quel moment il vous conviendra de choisir pour conduire nos bàiimetie sur la côte de Gibraltar, soit en quittant Tanger, soit avant d'y paraître. A Gibraltar vous aurez soin d'entretenir les meilleurs rapports avec le gouverneur-général de celte place. Il est probable que vous rencontrerez à ce mouillage bon nombre de bàtimens de guerre étrangers : les nôtres n'auront qu'avantage à s'y montrer. Là, monseigneur,, votre langage envers les personnes qui auront l'honneur d être admises près f|(, V()lls devra être conforme à l'esprit gênerai de vm,.- mission ; nous ne voulons pas prendre l'iniative d'une rupture avec le Slaroc ; nous désirons, au contraire, vivre en bonne iiile)U|çen«,e avec cet état, et voir la môme politique prévaloir dans les conseils du chef qui le gouverne. Slais, si nous étions .iliaques, si nous ne recevions pas de justes réparations pour ia levée de boucliers qui a eu lieu récemmentroutrenous, notre ferme détermination serait «le le» Obtenir parla force des armes; et l'escadre munie de tous les moyens d'action né cessa ires, n'est pas moins prête que l'armée d'Algérie à concourir activement à ce résultat. Si, diaprés l'a*îs de SI. le maréchal, gouverneur-général, et \ selon votre propre jugement, monseigneur, voire présence n'è tait pas indispensable de quelque temps dans la Sléditerrané«3^. vous pourriez entrer don l'Oeè. m, prolonger la côtooecidenaledu roy.riniv'ile. Fv#, fl faire flotter notre pavillon devant Larache, Salé, Slazagan, Azafti, Mogador et Sanla-Cruz. Vous savez que Slogador est indiqué partons les renseigncmens qui ont élé recueillis sur cesdivers points, comme la position maritime la plus importante pour le pays, et celle qui est du plus haut prix pour l'empereur actuel. C'est aussi l'unique lieu de cette partie de la côte où nous avons un consul. Ceci, m'amène à vousifiréque vous aurezàjuger s'il ne serait pas opportun de détacher à Slogador un bâtiment à vapeur pour donner asile, au besoin, à notre agent et à nos nationaux. Indépendamment des mesures de prévoyance générale que je viens de recommander aux soins de Y. A. R., il se peut qu'une intervention plus dècisive.de sa part soit nécessitée parla succession des frits-, soit avant son arrivée, soit pendant son séjourdans les parages où sa mission doit s'accomplir. Deux cas de guerre différens peuvent se manifester et, sont à prévoir, en ce qu'ils auraient pour effet de déterminer l'action énergique de la force militaire au lieu du développement des simples démonstrations, auxquelles il a été supposé que V. A. R. pourrait avoir à se borner. Si, dans le cours de vos communications avec SI. le maréchal-gouverneur général, notification vous est faite par lui que la guerre est positivement déclarée et engagée entre la France et le Slaroc, vous aurez tout aussitôt à recourir de votre côté aux moyens qui sont mis à votre disposition pour réprimer les efforts tentés contre nous. D'autre part, si lors de voire présence à Tanger ou sur les côtes voisines, vous appreniez que nos agens ou nos nationaux ont été, soit expulsés ou attaques, soit compromis d'une manière quelconque dans leur liberté ou dans leur vie, ou s'il vous était rendu compte de quelque insulte grave faite au pavillon français, vous auriez à prendre l'initiative des actes d'hostilité auxquels il serait devenu instant de recourir pour tirer satisfaction de pareils faits. Dans l'un ou l'autre de ces deux cas, et lors même que l'insulte qui déterminerait l'état de guerre aurait été sommi se à Tanger même, vous devriez épargner cette ville, qui contient en nombre des habitans européens, et vous vous borneriez à détruire les fortifications extérieures qui la défendent. Mais vous auriez, sans hésiter, à porter la juste vengeance de la France sur Slogador et les autres points .e la côle occidentale du Slaroc, après avoir dénoncé un délai aux neutres pour la sortie du port, avant le commencement de votre attaque qui pourrait ensuite être poussée avec la plus grande vigueur. Pendant votre présence devant un port que vous attaqueriez et dans le cours des hostilités, vous useriez du droit de guerre pour interdire aux neutres d'apporter à l'ennemi des armes et des munitions. Vous savez, monseigneur, que c'est à Larrache que sont ordinairement réunis les vaisseaux de guerre qui appartiennent au Slaroc. Dès que les hostilités seraient déclarées, vous auriez à prendre vos mesures pour qu'aucun de ces bàtimens ne put vous échapper. La grande marche.de la Belle-Poule et de quelques-uns des vaisseaux, le parfait état et la vitesse du Pluton, le nombre des c mons que vous pourriez diriger sur un point déterminé de la côte, me donnent l'espoir que tous ces navires marocains tomberaient infailliblement en notre pouvoir. Quelles que soient les complications qui résultent, dans les affaires du Slaroc, des difficultés de cet état avec d'antres puissances européennes, vous n'aurez point à y intervenir et devrez vous borner exclusivement, monseigneur, au redressement des griefs de la France. S'il arrivait que des bàtimens de nations en guerre avec l'empire du Slaroc se disposa «seul à porter leur attaque sur Tanger, il conviendrait de chercher à les en détourner, et vous n'auriez, dans aucun cas, à vous joindre a eux pour aucune opération de ce genre. Je ne terminerai pas, monseigneur, sans recommander à votre intérêt et à vos égards nos consuls au Maroc , et particulièrement SI. de Nion, consul-général et chargé d'affaires a Tanger. Il est un des gens les plus honorables et les plus distingués du département des affaires étrangère». Investi d'un poste important et difficile dans lons les temps , il le remplit avec zèle, courage el talent, et les circonstances actuelles, qui rendent sa position encore plus grave , lui donnent à lui-même de nouveaux litres à notre intérêt. Il est digne, à tons égards de l'estime et de la bienveillance de V. A. R. D'ailleurs, la considération qu'elle témoignera aux consuls du roi sera d'un très-bon effet,, en les rehaussant aux yeux des Slaroeains elen ménageant plus d'efficacité à l'action qu'il sont appelés à exercer dans l'intérêt de noire politique. D'après les instructions que SI. le ministre des affaires étrangères adresse à SI. de Nion et à nos divers agens dans les ports du Maroc, chacun d'eux s'empressera, a la venue de notre division navale, de se rendre à bord du bâtiment sur lequel flottera votre pavillon. Mais l'intention formelle d i roi et de son conseil est que V. A. R. ne descende desa personne sur- aucun point de la côte du Slaroc, hors le cas d'une opération (te débarquement pour fait de guerre. Enfin, monseigneur , si vous .appreniez soit à Oran , soit a l'ange/, que notre différend avec le Slaroc fût complètement terminé , et que la France eût obtenu les réparations que nous demandons, vous renverriez à Toulon les troupes expéditionnaires, et vous n'en continueriez pas moins votre campagne , saru vous séparer delà plupart des bàlinieus rie votre division , afin démontrer le pavillon franc ais sar les divers points des côles du Slaroc. P. Si Je von» envoie ci-jojol copie d'une depêche que M- le ministre des affaires étrangères vient d'adresser à M. de Nion , et qui contient des instructions basées sur les derniers rapports de M. legéncral Lunioricière, relatifs à l'altaquedont nos troupes ont été l'objet de la part des Marocains, le 30 mai. (La suite à demain.) ---