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Tijdschrift van het Aardrijkskundig Genootschap, 1939, 01-01-1939

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sur moi que des billets de la banque des Indes et cela n'a pas cours: c'est le thaler de Marie-Thérèse, au millésime de 1785 qui reste la seule monnaie du pays et comme un millier de ces pièces représente un poids supplémentaire d'au moins trente kilogrammes, on hésite toujours a prendre avec soi, sans en avoir un emploi certain, une somme importante.

II fut donc entendu que nous rentrions. Rester devenait impossible, car je ne pouvais boire 1'eau fétide de la mare oü s'approvisionnait le village.

Cet échec, survenu au moment de toucher au but convoité, m'avait ébranlé le cerveau. Le reste de la nuit se passa dans d'affreux cauchemars au cours desquels cette apparition tentatrice de Saba aux peristyles de hautes colonnes dorées revenait sans pitié et sans arrêt.

Je repris le chemin du retour, mais non sans recueillir des renseignements précis sur la position et la nature des ruines de cette grande cité. Depuis, j'ai envoyé la de mes gens; j'ai rencontré des soldats qui ont cantonné deux ans sur ces ruines et tous sont d'accord sur leur étendue, qui demande au moins quatre heure de marche pour être contournée. Aucun monument n est debout. Mais on voit encore des soubassements de larges pierres de taille portant de longues inscriptions. En somme ce sont, en plus grand, des ruines semblables a celles de Ne'it.

Je retrouvai Sana en plein Ramadan. Les esprits etaient surexcités par quinze jours de jeune et par ce qu'il restait de privations a endurer jusqu'a 1'expiration du mois. II s'y ajoutait un peu de ce fanatisme que porte en soi tout pur musuiman, et ces dispositions étaient entretenues par les prédications des moullahs se terminant chaque soir par la malédiction des infidèles Chrétiens et Juifs.

Le Gouvernement n'échappait pas a cette influence contagieuse.

Le Prince héritier que 1'on ne peut suspecter de sympathie envers les Européens, le Premier Ministre en opposition continuelle avec son collègue des Affaires Extérieures et tous ceux qui, sensibles aux flatteries de courtisans veulent paraitre „plus royalistes que le Roi"; tous avaient dis-je résolu de briser mon activité et de neutraliser mes intentions. Non que 1'on eüt a me reprocher quoi que ce fut. J'étais bien un „infidèle", mais pour le faire oublier il est des accommodements faciles. La véritable raison est qu'on avait voué une implacable haine a Ragheb Bey et c'était une faqon de 1'atteindre que de me toucher. Le Prince héritier" avait épousé autrefois sa fille et 1'avait répudiée, si bien que les deux hommes étaient devenus d'irréductibles ennemis. La fierté de Ragheb avait en effet été blessée d'une plaie inguérissable. D'autre part des jalousies mutuelles mettaient les deux Cadis du Roi en constante opposition. Le Cadi Abdallah, Premier Ministre, m'eut sans doute aidé mais comme Ragheb avait habilement pris le devant, il ne me le pardonnait pas. Mais on ne pouvait rien a Ragheb que le mortifier en me touchant. Et 1'on y réussit pleinement.