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et a 1'arrière-garde. Les Hollandois a ne vous rien cacher n'ont eu que le plaisir de nous suivre une heure, et ee fut quand M. de Ruither revira et qu'il nous perdit pour venir rasseurer ceux que huit ou neuf navires francois avoient poussés.

Si nous eussions esté rangés en battaille et chascun a nostre place, M. de Ruther n'auroit pas pris cette resolution et il n'eust pas attendu Tromp. Je serois de 1'opinion de ceux qui disent que la peur de la terre le fit revirer. Sans M.r le Comte d'Estrées qui demeura toujöurs au vent et qui le conserva, n'ayant que M.r de Preuilly avec luy, nous aurions eu bien de la peine a nous tirer d'affaires; la manoeuvre qu'il fit sauva les brebis qu'un zèle indiscret avoit égarées du troupeau. De ma vie ce malheur ne m'arrivera, j'en suis corrigé pour toujours. Je ne vous parle point de 1'escadron bleu d'Angleterre paree que les vaisseaux qui le composent estoient tous séparés. J'en ay veu ciuq ou six avec cette enseigne qui se sont battus au feu loyalement, j'en ai observé qui se tenoient au vent, et que je n'ay garde de blasmer, paree que ce sont des capitaines braves et expérimentés. Au reste je me confirme plus que jamais dans 1'opinion que j'ay des Hollandois: ils ont témoigné plus de finesse, d'habileté et de courage en cette bataille qu'en touttes les autres qu'ils ont données. Les Anglois en conviennent; nous verrons ce que dira leurgazette. J'atendsimpatiemmentdelavoir.

Nous n'avons d'officiers morts M. de Thiras, ca'pittaine, et les S.re Sicard et Poitier, enseignes, 1'un de M. de Tourville et 1'autre de M. de Langeron. Le chevalier de Flaeourt, capitaine, blessé légèrement d'un esckt a la joue, et Chabossiere, lieutenant, de deux coups de pistolet, dont on croit qu'il mourra.

Deux de mes matelots ont perdu chacun un bras, le reste se porte bien, j'en loue Dieu de tout mon coeur. Monseigneur a sujet d'estre content de la marine, je me fais un plaisir d'escrire cette battaille paree que ce m'en est un d'avoir a louer tout le monde, et M. 1'ambassadeur le réjouira par ses lettres, j'en suis persuadé, car nous avons tout risqué pour faire parler avantagensement des forces navalles du Roy nostre maistre, nous avous parle de fort prés a ses ennemis et ils nous craindront assenrément plus qu'ils ne le faisoient. Le bon Dieu qui nous a servi de pilote n'est pas toujours.payé pour 1'estre, et S. M. ne doit pas abuser de Sa bonté, ni se confier trop a sa bonne fortune; faites un peu de réflexion a mes paroles et vous verrez au travers qu'il ne faut pas donner deux battailles parmi des bancs, mais au large.

J'ai dégagé par cette relation la parole que je vous avois donnée, ne manquez pas a celle que vous m'avés donnée d'estre de mes amis, car je suis le vostre et le seray longtems. Adieu mon cher Monsieur, le vent tourmente, et je vous escris si fort a la haste pour profiter de 1'occasion qui se présente, que je vous prie de me pardonner toutes les fautes et les omissions que vous y verrés.

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