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>86 L e Prince

pourroit qu'a cette condition rendre fenfible cë qu'elle aimoit. Elle prit donc un air plus doux, &lui dit que la qualité de roi & 1'état malheureux auquel il paroiffoit réduit, la foreoient a lui pardonner,qu'elie défiroitmême d'être de fesamies, & qu'elle fe flattoit qu'il ne luirefuferoit pas fon amitié; enfuite elle le pria de venir la voir au chateau , en 1'affurant que la reine, apprenantTa qualité, lui offriroit fans aucun doute un appartement ou il pourroit attendre plus k fon aife que la fortune cefsat de le perfécuter. Le roi la remercia poliment, & lui dit qu'il connoiffoit trop bien quel étoit 1'excès de fa laideur , pour ofer fe flatter de Famitié d'une auffi belle princeffe , & pour aller habiter une cour ou il favoit que l'on pardonnoit peu la difformité de la figure. En difant cela, il fit un faut pour prendre congé d'elle,&lui faire une révérence,&feretira en foupirant ( non fans regarder 1'aimable Aimée que la préfence de fa fceur avoit toujours tenue un peu éloignée.) Cette princeffe avoit écouté la converfation de fa fceur & de Sincer ; elle avoit été furprife de l'air de bonté qu'Aigremine avoit affefté, & de la prière qu'elle lui avoit faite de venir au chateau. Elle jugea que la princeffe n'avoit eu cette douceur, que paree qu'elle vouloit cacher quelque defir de vengeance. La pitié qu'Aimée avoit pour les malheureux, lui

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