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LE PORTE-DRAPEAU

sa hampe encore tiède, échappée a une main mourante, fut saisie, redressée; et lorsqu'au soleil couché, ce qui restait du régiment — a peine une poignée d'hommes — battit lentement en retraite, le drapeau n'était plus qu'une guenille aux mains du sergent Hornus, le vingttroisième porte-drapeau de la journée.

II.

Ce sergent Hornus était une vieille bete a trois brisquesqui savait a peine signer son nom et avait mis vingt ans a gagner ses galons de sousofficier. Toutes les misères de l'enfant trouvé, tout'1'abrutissement de la caserne se voyaient dans ce front bas et buté, ce dos voüté par le sac, cette allure inconsciente de troupier2) dans le rang. Avec cela il était un peu bègue, mais, pour être porte-drapeau, on n'a pas besoin d'éloquence. Le soir même de la bataille, son colonel lui dit: „Tu as le drapeau, mon brave: eh bien, garde-le." Et sur sa pauvre capote de campagne, - déja toute passée a la pluie et au feu, la cantinière surfila tout de suite un liséré8) d'or de sous-lieutenant.

Ce fut le seul orgueil de cette vie d'humilité. Du coup la taille du vieux troupier se redressa. Ce pauvre être habitué a marcher courbé, les yeux a terre, eut désormais une figure fiére, le regard toujours levé pour voir flotter ce lambeau d'étoffe et le maintenir bien droit, bien haut, au-dessus de la mort, de la trahison, de la déroute.

Vous n'avez jamais vu d'homme si heureux qu'Hornus

*) brisque — chevron d'un soldat rengagé.

2) troupier — (dépréciatif) — soldat.

3) liséré — raie étroite formant bordure et d'une autre couleur que le fond.