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Opéra Comique. — La Coupe Enchantée, opera-eoniique en un acte, de Mr. Matrat, musique de Mr. G. Pierné.

Les Pêcheurs de Saint-Jean, scènes de la vie maritime en 4 actes, de Mr. Henri Caïn, musique de Mr. Widor.

M*. Matrat n'a pu, et le contraire aurait été bien surprenant, tirer de la comédie de La Fontaine et Champmeslé, un bon livret d'opéra-comique. Vous connaissez 1'histoire un peu niaise: Un jeune cocquebin, que son père veut protéger des dangers de 1'amour, a été tenu dans 1'ignorance absolue de celles a qui nous devons nos plus bons et nos plus mauvais jours. Naturellement, notre jouvenceau devient éperdument amoureux de la première fillette qui lui montre le bout de son nez rose. Et c'est la moralité de cette fable immorale.

Gabriel Pierné a brodé la dessus une musique spirituelle, alerte, railleuse, qui, seule donne la vie et le succès a cette histoire un peu bébête.

Mr. Henri Caïn est, parait-il, un habile librettiste et nul mieux que lui ne s'entend a tirer d'un fait-divers, le scénario attendrissant qui embuera de larmes les jolis yeux des jeunes clientes de Pagence matrimoniale que fut toujours 1'opéracomique. L'intrigue des Pêcheurs de Saint-Jean, nous parait pourtant d'une psychologie très-rudimentaire; elle justifie assez mal les nombreux monceaux et scènes a effet: prières, malédictions, chansons a boire, baptême d'un bateau, choeurs de matelots qui sont 1'espérance de Péditeur — mais qu'importe ? Voici 1'histoire :

Le pilote Jacques est au service de Jean-Pierre, riche patron pêcheur qui a une fort joli fille; naturellement, et comme cela se doit a 1'opéra-comique, cette dernière aime le pauvre Jacques-Jean-Pierre se fache; il veut un gendre cossu. L'amoureux se désespère; mais arrivé une bienheureuse tempête oü Jean-Pierre et son bateau sont en perdition. Vous voyez la suite: Jacques qui est un gars solide sauve tout le monde, et gagne ainsi une dot et deux cceurs. Une telle oeuvre n'aurait pas été déplacée, il y a quelque quinze ans, aux fêtes des patronnages catholiques, et la musique honnête, correcte, puérile et vieillote de Mr. Widor füt sans doute écrite a leur intention au fait, pourquoi n'y finirait-elle pas sa carrière? nous voyons très-bien cela, avec 1'auteur a 1'harmonium.

Mr. Widor sait son métier, puisqu'il professe au conservatoire. Si nous en jugeons par cette partition, pleine de banalités, oü une sorte de roublardise artistique, singe parfois 1'émotion et Pinspiration, (avec des procédés qui rappellent les scribes Italiens d'il y a cinquante ans), eet éminent organiste ne nous prépare pas des esthêtes fumeux ni des révolutionnaires musieaux. Les poncifs lui restent sacrés, et son adresse en tire de petites choses presque charmantes qui feront la joie des lointaines sous-préfectures. Que cette séduissante perspective ne grise pas trop celui qui est bien, a 1'heure présentée, le Carafa de Montrouge et le Chopin des pensionnats de banlieue.

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