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totale et sans modèles d'Ossian. Herder passé par un stade intermédiaire: quoique Harold, lui-même imitateur de Macpherson, lui ait donné (1775-1776) des renseignements trés précis qui 1'invitent a douter de 1'authenticité absolue, il ne peut se détacher du rêve de jadis, et ses sentiments a ce moment offrent quelque ressemblance avec ceux de Chateaubriand plus tard. Ses deux dissertations de 1780, 1'une Sur l'influence de la poésie, 1'autre Sur l'influence de la constitution (politique) sur la poésie, continuent a s'appuyer sur une vague authenticité. En 1795, dans son article Homère et Ossian paru dans les Horen, il fait un pas de plus et adopte a peu pres 1'attitude de Cesarotti: si Macpherson s'est borné a rassembler et a refondre, il a été le Solon et 1'Hipparque de eet Homère; s'il a créé de toutes i pièces, il faut lui savoir gré d'avoir ranimé la poésie languissante. En cette fin du siècle, plusieurs voient partout des contrefacpns: les Prolégomènes de Wolf sont de 1795, et quand 1'ancienne épopée russe, le Dit de la Bande cTIgor, fut découverte en cette même année 1795, elle fut considérée par plusieurs comme une supercherie littéraire due a un moderne. Mais la plupart croyaient toujours a | Ossian. Bilderdijk, qui en 1809 n'était pas encore détrompé sur le ' moine Rowley de Chatterton, explique les doutes des Anglais sur Ossian par. leur manie de voir partout des faux, qu'il s'agisse de testaments ou de papiers d'affaires, manie dont il a, dit-il, souffert personnellement en Angleterre. En som me, entre 1770 et 1790, la majeure partie de 1'Europe lettrée croit tranquillement a 1'authenticité absolue de 1'Ossian de Macpherson. ;

Ainsi s'explique son succès croissant. Moins discuté que dans les trois ou quatre premières années de la révélation, il peut librement attacher et retenir ses lecteurs. II n'excite pas seulement leur intérêt, leur sympathie, mais leur enthousiasme: il semble que 1'on ne soit guère ossianiste a demi. Par contre, eet enthousiasme est souvent peu durable: c'est fréquemment une crise par laquelle on passé, un engouement passager. Non seulement Ossian a pour lui le nombre, mais encore la qualité: a peu d'exceptions prés, ce sont les esprits les plus remarquables, les écrivains les plus célèbres qui le goütent et 1'admirent. Tels sont les principaux caractères généraux du succès d'Ossian en Europe pendant le dernier tiers du XVIIIe siècle. Nous ne connaitrons jamais ce succès avec une parfaite précision: nous n'en pourrons déterminer avec exactitude ni 1'étendue et les limites, ni la nature intime. Nous ne savons que ce que la littérature nous

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